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Archives du vendredi

Chaque vendredi est publiée sur Facebook une archive sur l’histoire de la ville de Vierzon. Jean Foucrier, coup de feu rue des Changes, les fils d'Adrien Thouvenin, la ferme de Dournon... retrouvez ici toute l'histoire de notre ville.

L'autobus municipal

On a pris l'habitude de dire que la ville de Vierzon est aussi étendue que Paris intramuros. De périf Est à périf Ouest, il faut 10 kilomètres pour traverser la capitale ; autant pour traverser Vierzon, du Coq gaulois au Village Aubry.

Dans une ville aussi étendue, les distances deviennent problématiques entre les sites de production et les lieux de l'habitat ouvrier.

Dans notre ville, les transports en commun voient le jour au tournant du 20e siècle avec le « Tacot »,  ce petit chemin de fer départemental d'abord destiné au transport de marchandises vers les cantons qui ne possédaient pas de gare du Paris-Orléans.

La Compagnie des tramways de l'Indre gérait depuis 1903 la ligne Vierzon – Vatan – Issoudun. Le bureau terminus était face à la gare, entre l'hôtel de Bordeaux et le hall de la Société Française.

 

Dans les années 1910, l'automobile s'installe en France, deuxième pays producteur. De nouveaux véhicules voient également le jour : le camion et le car, boostés par la Première Guerre Mondiale, dont les demandes vers ce type de véhicules vont croissant. C'est même la multiplication des camions et  des cars sur les routes de l'entre-deux guerres qui sonnera la glas du tacot.

En attendant, à Vierzon, tous les moyens sont bons pour raccourcir les distances, grâce au vélo, tout d'abord. Mais c'est un moyen de locomotion encore onéreux au sortir de 1918. Toutes les familles ne peuvent pas se le permettre.

Quant au tacot, il relie les quartiers de Bourgneuf à la gare par la rue des ponts et la rue de la République. Mais les autres quartiers  (communes) ne sont pas desservis, notamment les Forges.

Il existera bien un deuxième tronçon de Vierzon Villages (place du tacot) à Neuilly-en-Sancerre par les Forges mais la ligne arrivera tardivement (1923) et le tracé ne sera même pas totalement achevé dans les campagnes.

 

C'est la municipalité de Maurice Nivet à Vierzon Forges qui va être à l'origine de la première ligne d'autobus public. Il s'agit de relier la gare à Vierzon Forges, 8 fois par jour. Le service est concédé à Vallin, garagiste à Vierzon Vierzon Ville (concessionnaire Citroën), à partir du 15 juin 1926.

Les arrêts sont alors : les Bourbiers, Village Aubry, en face de chez Moreau (?), les grands moulins, le petit Paris, la gare. Pour la totalité du trajet, comptez 20 minutes et 1,25franc, soit 25 centimes d'un arrêt à l'autre.

C'est tout de suite le succès mais il y a un hic. Vallin ne possédant pas d'autobus, il en a acheté un. Il coûte cher en prix de revient et la municipalité pense à acheter son propre autobus. Des subventions sont recherchées auprès de la municipalité de Vierzon Ville mais aussi des industriels qui pourraient mettre la main au porte-monnaie.

 

En 1928, Maurice Nivet a pris des renseignements auprès de la commune de Colombelle, dans le Calvados. Cette dernière exploite le service d' »autobus en régis municipale et en est fort satisfaite. C'est dans cette direction que souhaite se diriger la commune de Vierzon Forges. Le maire signale également que, vu le succès du service, il ne faut absolument pas qu'il soit interrompu. Cela implique qu'il faut qu'il y ait un autobus de secours dans le garage municipal.

Dans sa séance d'octobre 1928, le conseil municipal acte la création de la régie municipale de l'autobus et son budget. Le conseil acte également l'achat d'un autobus neuf. Enfin il sera demandé combien Vallin consentirait à revendre son autobus à la ville, autobus qui servirait d'autobus de secours.

C'est ainsi qu'en mars 1929 la municipalité de Vierzon Forges se voit propriétaire de deux autobus : le vieux Latil de Vallin mais aussi un Saurer tout neuf qui assurera le service.

 

Jusqu'à la réunification de 1937, le service en restera là. Il n'y aura jamais qu'une seule ligne, les Forges – la gare.

Lorsque Georges Rousseau est élu maire du Grand Vierzon, des discussions ont eu lieu au sein du conseil pour élargir le réseau. Un deuxième autobus – d'occasion – avait même été acheté. Mais la guerre a enterré ce projet comme tant d'autres.

L'élargissement du réseau se fera en 1947, sous le municipal Maurice Caron. Une deuxième ligne est créée, Bourgneuf – Saint Martin. Et quatre cars assurent le service quotidien.

Après 1959, le service de car évoluera en fonction de l'avancée des travaux dans les quartiers nouvellement urbanisés (Colombier, Sellier, Clos du Roy, Chaillot...)

 

Le service actuel avec ses trois lignes est arrivé après mai 1968, remanié en 1979.

Ligne 1 (noire) : ZI les Forges – Giraudière

Ligne 2 (verte) : Chaillot – Sellier – Rond Point Coop

Ligne 3 (rouge) : Les Bruyères – Rond Point Coop

Ligne 4 (bleue) : Croix moreau – Bois d'Yèvre – Forges ZI (par intermittence)

En 1984 et pour se mettre en conformité avec la loi, le service doit être concédé. Des entreprises sont contactées. C'est la CGE Automobiles qui est choisie.

Et dorénavant le réseau s'appellera TUV, Transports Urbains Vierzonnais.

Puis Bus Vallée...

Enfin le VIB'...

Images : Archives municipales Vierzon

Sainte Perpétue, patronne de Vierzon

Depuis les Guerres Puniques, 166 av JC,  Carthage est soumise à l’autorité romaine et devient une province de l’Empire, la province d’Afrique.

L’Empire Romain est caractérisé par une religion officiellement panthéiste. La religion du Christ se développe depuis la Palestine jusqu’en Afrique par l’Egypte, et jusqu’en Europe par la Grèce.

Il faut attendre 313 et l’empereur Constantin pour que la religion chrétienne soit autorisée.

Aux premier et deuxième siècles, les premiers chrétiens sont des chrétiens qui se terrent, pratiquant leur religion dans les caves des centres urbains. Au nom du Dieu unique ils ne reconnaissent pas la personnalité divine de l’Empereur. Les premiers chrétiens sont donc persécutés pour ne pas reconnaître la personnalité divine de l’Empereur, véritable dieu sur terre, accusés de vouloir déstabiliser l’Etat.

Carthage

A Carthage, une communauté chrétienne survit tant bien que mal. Cette province d’Afrique et sa capitale sont entrées dans le giron romain après les Guerres Puniques (166 av JC).Des autels sont érigés chez des particuliers. Ils déménagent sans cesse dans un macabre jeu du chat et de la souris.

Dans ce contexte, Perpétue est une jeune fille d’une famille de la noblesse locale. Convertie au christianisme par son confesseur Satur, elle entraîne également sa servante : Félicitée. 

En 203, les chrétiens sont martyrisés dans le cirque de Carthage. Le père de Perpétue, ayant des fonctions administratives importantes ne fera rien pour sauver sa fille.

Perpétue, Félicitée, Satur, ainsi que d’autres chrétiens sont tués par le piétinement d’une vache sauvage, achevés par le glaive romain.

Reliques

Les premiers martyres chrétiens sont l’objet d’un culte. Ils montrent au restant des fidèles « le bon chemin vers le royaume de Dieu ».

Lorsque la religion d’Etat devient le christianisme, les successeurs de Saint Pierre s’installent au côté de l’Empereur, à Rome. Les papes y installent leur gouvernement. Pour perpétuer le souvenir des martyres des premiers chrétiens, les papes organisent leur canonisation et font rapatrier les reliques jusqu’à Rome.

Dans les provinces puis dans les royaumes dits barbares, la diffusion du christianisme va se faire par un courant monastique important. Là où des moines s’installent, un groupe de fidèles suit et une première communauté se crée qui grossit et essaime...

Les moines de Vierzon

A Vierzon, la christianisation a eu lieu quelque part au 7e siècle, véritable siècle de la christianisation du Berry. Selon la tradition, un premier lieu de culte chrétien a été érigé sur la butte de Sion, à l’emplacement d’un ancien lieu de culte païen.

C’est au tout début du 10e siècle que des moines bénédictins vont s’installer à Vierzon dans la durée. Ils n’arrivent pas seuls.

Lorsque Charles le Chauve avait fondé une abbaye en 843, l’archevêque de Bourges Raoul de Turenne leur avait donné des reliques de Optat et Perpétue.

Depuis ce jour, Perpétue est devenue la patronne de la communauté urbaine de Vierzon ; au fil des siècles, on lui attribue quelques « miracles ».

Dévotion

Perpétue fait alors l’objet d’une vraie dévotion.

Le reliquaire de Perpétue est conservé au sein de l’église Saint Pierre des moines de Vierzon. On le sort tous les sept mars dans une grande procession à travers toute la ville, y compris dans ses lieux les plus reculés comme Dournon. On la fait également traverser les ponts sur l’Yèvre et le Cher pour qu’elle protège des crues. Les moines y assistent, le seigneur castral également, suivis de toute la population, en cortège.

En temps que protectrice, on lui fait confiance pour atténuer les maux de la ville qui sont de quatre espèces : les épidémies, les crues, les incendies, les passages des troupes amies ou ennemies.

La Révolution Française

Les derniers moines quittent leur abbaye au printemps 1790. On transporte alors le reliquaire dans l’église Notre Dame

1792 : Par peur de l’expansion des idées révolutionnaires dans toute l’Europe, les monarchies voisines font la guerre à la France. Le pays inaugure alors la conscription. Mais il faut des armes. Les cloches des églises Notre Dames et Saint Pierre seront fondues en canons à la fonderie de La Charité.

Il faut également de l’argent pour faire la guerre. Les effets d’or et d’argent des églises seront réquisitionnés. Le curé Vaillant appellera les vierzonnais à le soutenir pour empêcher que le trésor de reliquaire ne soit rapatrié à Orléans. Des émeutes suivent, la troupe intervient et reste à Vierzon pendant un mois pour maintenir l’ordre ; mais Vaillant a gagné, après avoir un temps caché le reliquaire de Perpétue, il a de nouveau réintégré l’église Notre Dame où il se trouve toujours aujourd’hui...

Images : Archives municipales Vierzon
Des Capucins à la rue Victor Hugo

De la rue Victor Hugo, il n'existe aucune image spécifique. Elle fut purement et simplement oubliée de tous les photographes et éditeurs de cartes postales du début du 20e siècle. Tous juste aperçoit-on son débouché sur la rue de la République, à quelques encablures de la Croix Blanche, lieu de fondation d'un monastère qui a donné son premier nom à la rue. Peut-être était-ce dû à la mauvaise réputation du quartier, considéré, au 19e siècle, comme mal famé.

1620 : en grande pompe l’archevêque de Bourges vient consacrer l’église saint Claude que les moines capucins viennent d’ériger dans leur nouveau monastère. En effet ils se sont installés à Vierzon en 1612, accueillis par une population vierzonnaise qui leur offre les terrains de leur couvent. C’est à la Croix Blanche (actuel square Emile Péraudin), et le seul chemin d’accès est la route de Romorantin qui passe devant.

L’enclos des Capucins est alors un vaste rectangle qui va de la route de Romorantin jusqu’à un bras de la rivière d’Yèvre, près du moulin de Grossous. L’actuel triangle que forme le square Péraudin correspond en fait au cimetière des moines et a longtemps porté le nom de « Clos Labbé » puis place des Capucins avant de s’appeler place de la République (1905), et enfin square Emile Péraudin.

Le chemin de Romorantin

Àl’époque, la rue Victor Hugo ne porte pas encore ce nom. C’est le chemin de Romorantin. Partant de la porte du Dégout (bas de la rue maréchal Joffre), c’est le seul qui permet de traverser la cité médiévale de Vierzon d’Est en Ouest, par la poterne (chemin des vignes) et la grande rue (rue Maréchal Joffre). Le trajet naturel n’est pas encore celui que nous connaissons par la rue Armand Brunet et avenue de la République. C’est ainsi que le chemin portera le nom de chemin puis rue des Capucins, faisant référence à l’établissement rencontré à la Croix Blanche (du nom d'une croix blanche matérialisant l'entrée du monastère).

L’expansion du 18e siècle

Le 18e siècle est, pour Vierzon, celui de l’expansion démographique. C’est aussi celui de l’amélioration des voies de communication à travers le royaume. Vierzon en profite et la cité va dès lors endosser son rôle de carrefour routier. En 1741 le roi classe sous le nom de route royale numéro 20 la route qui va de Paris à Toulouse. Dans la foulée, c’est la route de Nevers à Tours qui est classée sous le numéro 76. Dorénavant la route de Romorantin et Tours passera par les rues Saint Pierre (Armand Brunet) et Neuve (avenue de la République). On élargit la rue Neuve qui est la première rue extra urbaine de Vierzon, la première où des maisons se construisent à l’extérieur des anciens remparts. Le nom de « neuve » n'est pas un hasard. Il s'agit de la « rue Neuve des Capucins », autrement dit la nouvelle rue qui permet d'accéder à leur couvent. Le couvent disparaîtra, pas l'adjectif de neuve.

Le roi fait paver ces voies « dont la largeur sera portée à dix mètres ». Les autres rues ne font en effet que sept mètres de large, disposition confirmée par décret impérial de 1809.

Bidonville au 19e siècle

On construit haut de gamme dans la rue Neuve. Ce n’est pas le cas dans la rue des Capucins qui connaît une construction de masse. On construit à tout va de part et d’autre de la rue, sans respect des règles architecturales, un empilement plus ou moins solide de cubes hétéroclites. Les logements sont souvent insalubres et s’écroulent régulièrement (archives municipales).

En cette fin de 18e le quartier prend l’aspect d’un bidonville que les élus tentent de résorber à grands coups d’arrêtés municipaux pour en réglementer les matériaux de construction. Il faut attendre la fin du 19e et les travaux sur l’actuelle rue Gourdon (1866) pour que la rue Victor Hugo connaisse également d’importants travaux de mise au norme des alignements.

Quant au nom même d’Hugo, les archives municipales n’ont pas conservé sa date de baptême (Hugo est mort en 1885). Tout au plus peut-on dire que la Révolution ayant débaptisé les noms à consonance  religieuse, le chemin a pour un temps porté le nom de Bourchevreau.

Brèves de trottoirs

Pavage

Le pavage de la rue remonte à un arrêté municipal de 1866. Il fut terminé en 1875. La loi obligeait les riverains à paver leur propre bout de trottoir devant chez eux. Inutile de dire que certains y ont mis de la mauvaise volonté. Les archives municipales comptent de nombreuses sommations, y compris dans les années 1870-1880.

Drôle de naissance

C’est dans cette rue qu’est né un certain Bernard Giraud, plus connu sous le nom de Patrick Raynal, dit Berlodiot. C’est un humoriste bien connu dans la région, dont le texte célèbre, le cornemuseux d’marmignol, est dans toutes les mémoires (et sur internet).

Coupe-gorge

Il existait dans la rue Victor Hugo l’entrée arrière d’une maison close dont la façade principale donnait rue de la République, à l’emplacement de l’actuelle Société Générale. Il y avait là une cour avec un bâtiment au fond. La sortie discrète avait lieu rue Victor Hugo. Les plus anciens de la rue se souviennent encore des galopades des clients qui s’échappaient par l’arrière alors que la police investissait la devanture. Cela a fait partie de la mauvaise réputation de ce coupe-gorge que fut un temps la rue Victor Hugo.

Images : Archives municipales Vierzon.

1977-2022, la médiathèque fait sa mue

Le vendredi 4 mars 1977, il y a tout juste 45 ans, les autorités locales inauguraient la nouvelle bibliothèque de Vierzon. Le maire Léo Mérigot saluait alors la réalisation depuis « si longtemps espérée » d'un équipement « enfin digne de notre ville ».

Tout le monde connaît l'humanisme de Léo Mérigot et son amour des livres. Les témoignages sont nombreux des personnes qui ont pu, passant par son domicile de la rue de l'Étape, admirer la bibliothèque dans laquelle il aimait s'enfermer après sa journée à l'hôpital. Passionné d'histoire, de sciences, il affiche un faible pour la littérature du 16e siècle, pour Rabelais en particulier, mais aussi pour les antiques. Libre penseur comme son père (instituteur), il s'intéresse également à l'ésotérisme, entretient des relations avec des groupes d'intellectuels au gré de ses voyages. Il est également un parfait connaisseur de l'astrologie et un des meilleurs analystes de Nostradamus.

Création 1905

La bibliothèque de Vierzon date en fait de la municipalité d'Émile Péraudin, maire de Vierzon Ville de 1900 à 1925. Il fonde la première bibliothèque en 1905 dans les locaux de la mairie.

La ville alors était en pleine expansion économique et les jeunes ouvriers vierzonnais trouvaient facilement du travail dans les usines locales. L'idée de Péraudin consistait en la formation des futurs ouvriers et contremaîtres. Ils devaient être suffisamment armés et formés pour entrer dans n'importe quelle usine locale. Péraudin fait alors appel à des personnalités locales pour constituer un fonds digne de ce nom. Perrin, directeur de l'École Nationale Professionnelle Henri Brisson lui établit des listes d'ouvrages dont l'acquisition serait judicieuse.

Dans cette optique également,  Marc Larchevêque est consulté. Il est patron d'une usine de porcelaines et lieutenant, chef de la compagnie des sapeurs pompiers de Vierzon Ville. Larchevêque établit des listes thématiques d'ouvrages qu'il va acquérir sur ses propres deniers pour la bibliothèque : métallurgie, porcelaine, arts du feu, mécanique, dessin industriel... sans oublier la couture, l'économie domestique et les bonnes manières...

Péraudin laisse la gestion du fonds à sa femme et à son gendre, Edmond Laurençon. Ce dernier passionné d'histoire locale, écrira un court ouvrage en 1913 : « Histoire de Vierzon depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours ».

Fermeture de 1939 à 1947

La bibliothèque a la bougeotte. Lors du dernier mandat de Péraudin, le travail de bibliothécaire devient une activité annexe des employés du service état-civil qui gèrent également les prêts de livres. Les achats ne suivent plus, le nombre d'inscrits chute pour atteindre 32 en 1937.

La fusion des Quatre Vierzon en 1937 fut un nouveau coup dur pour la bibliothèque. Le rapatriement dans la mairie de Vierzon Ville des services de autres mairies de Villages, Bourgneuf et Forges a entraîné d'importants travaux de restructuration. Les livres furent alors entassés dans le grenier de l'hôtel de ville... pour être redescendus quelque temps plus tard.

Pas pour longtemps malheureusement. Le service de la bibliothèque a été suspendu à cause de la guerre. Il a fallu libérer des locaux pour l'Occupant. La bibliothèque a donc été mise en caisses et transportée en deux lieux différents en ville : la plus grande partie dans un local prêté par la Société Française, quelques caisses entreposées dans un garage municipal du Tunnel-Château.

Mais entre-temps les Allemands s'étaient servi. Ils avaient réquisitionné des ouvrages en français – beaucoup d'ouvrages scientifiques – pour le « soldatenheim », foyer du soldat, dans l'hôtel de la Rotonde.

À la Libération, le passionné de livres qu'était Léo Mérigot ne pouvait pas ne pas s'occuper de faire rapatrier les livre dispersés. Les caisses entreposées à la Société Française et celles du garage municipal ont réintégré la mairie. Il a fallu également récupérer le fonds restant de la Rotonde. La surprise fut qu'il y avait également des livres de langue allemande que l'Occupant n'avait pas emportés. Ils furent mis à disposition de Monsieur Weiss, professeur d'allemand à l'ENP., pour ses élèves. Il en reste quelques uns au fond des étagères du lycée...

Mais Mérigot n'a pas le temps de trouver un nouveau local pour la bibliothèque. C'est le municipal Caron qui va s'occuper de placer la bibliothèque municipale au premier étage de la mairie, en face de la salle des mariages. À sa réouverture en 1947 tout est à refaire. Il ne reste que 3700 ouvrages dignes de ce nom. Beaucoup ont disparu, d'autres sont obsolètes du fait de leur ancienneté.

Un effort est entrepris pour combler les dix ans de fermeture et, surtout, la bibliothèque sera dorénavant un service à part entière, complété par un règlement intérieur et des statuts votés en conseil municipal. Surtout il connaît un personnel dédié, Monsieur Lapha, qui occupe le premier poste de bibliothécaire à plein temps.

De 1959 à 1977, la longue attente

En 1959, la municipalité Mérigot hérite d'une bibliothèque qui dépasse les 1000 inscrits et les 7000 livres.

La priorité allait au logement social. Le projet engagé par Caron de détruire et reconstruire le quartier insalubre du Tunnel-Château sera achevé au début des années 1960. À quartier neuf, nouveaux équipements : la municipalité lance deux projets majeurs, un musée et une bibliothèque qui doivent voir le jour dans le quartier.

En attendant leur réalisation, Mérigot dresse le portrait robot de la future bibliothèque. « Elle doit être conçue comme un instrument de progrès idéologique et une arme de propagande » Pour ce faire, outre « les saines lectures distractives, il faut y trouver, dans les diverses disciplines, les traités suffisamment complets pour fournir toute documentation courante, sans oublier toute la littérature socialiste et marxiste... » Autres temps, autres mœurs...

Mais la bibliothèque ne vient pas. Les subventions sont inexistantes. Le ministère des affaires culturelles est pourtant créé en 1959 avec André Malraux à sa tête. Mais la composante bibliothèque n'existe même pas au sein du ministère.

La donne change dans les années 1960. Un réseau des bibliothèques s'est créé qui se dote d'une charte commune.

À Vierzon, alors que les premiers appartements du Tunnel-Château sont livrés, la municipalité entame une nouvelle réflexion : il existe toujours en ville un problème lié à la fusion des Quatre Vierzon, celui d'un centre ville mal défini. Le comblement du canal de Berry doit apporter une solution par l'implantation d'une cité administrative sur les terres nouvellement conquises sur l'eau. Le canal comblé en 1968, de nouvelles infrastructures doivent s'y développer, dont la bibliothèque qui change de lieu d'implantation. Les Vierzonnais seront attirés dans ce nouveau centre par les administrations qui s'y trouvent, puis, dans un deuxième temps par l'apport d'un commerce phare type grande surface dans le projet urbanistique du Forum République.

Après le central téléphonique en 1970, après le centre des impôts en 1975 et avant la poste et l'EDF, les travaux de la bibliothèque arrivent enfin, dus à l'architecte Serge Lana. Ils dureront trois ans.

Léo Mérigot pose la première pierre en mai 1974. Roger Faletto, maire adjoint à la culture est à ses côtés.

Un bibliothécaire est engagé, Dominique Mérigot. C'est lui qui proposera le nom de Paul Éluard comme dédicataire du bâtiment. La bibliothèque municipale est inaugurée le vendredi 4 mars 1977 en présence de l'écrivain Tahar Ben Jelloun et du poète Jean Marcenac, ami de Paul Éluard.

45 ans plus tard la bibliothèque fait sa mue. De nouveaux supports sont apparus, disponibles au prêt, cd, dvd, livres-audios, et aujourd'hui jeux vidéos et jeux de société. Il aura fallu deux ans de travaux pour pousser les murs d'un nouvel écrin qui accueille près de 90 000 documents, tous supports confondus.

Inauguration médiathèque : ce vendredi 4 mars 2022, 17h30

Semaine festive à la médiathèque : du 5 au 12 mars 2022

La médiathèque est ouverte à compter du samedi 5 mars 2022, du mardi au samedi.

Images : Archives municipales Vierzon

Fay

Difficile, dans les archives, de retrouver l'origine de la propriété de Fay (Fez dans son orthographe d'origine). Sur cette terre, le cartulaire de Vierzon (chartes de l'abbaye) ne donne aucun renseignement.

Cela semble logique, la terre de Fay, ne dépend pas de l'abbaye Saint Pierre, mais bien de la grosse tour de Vierzon, celle des seigneurs castraux.

À l'origine la propriété était plus vaste qu'aujourd'hui, englobant une grande partie occidentale de Vierzon, de la route de Tours à la route de Paris ; du Coq gaulois, à Bois Marteau en passant par la Bercetterie, Charnay  et le Verdin.

Dans ces « Mémoires sur Vierzon » (1748), Béchereau avocat du roi, ne donne que deux renseignements sur la propriété. On y apprend que la source de Fay soulage le « feu sauvage » (herpès) et que l'argile qu'en en tire est utile aux faïenciers. Ses successeurs, de Toulgoët à de Kersers n'en diront pas d'avantage par manque cruel de textes.

Les de Francières

Les archives notariales donnent la propriété « du fief et hostel de Fez » à une certaine dame Margaron qui la vend au chantre de Mehun sur Yèvre en 1380.

On la retrouve entre les mains de la famille Pathofleau après 1448. C'est alors par le mariage des filles que la propriété se transmet de générations en générations.

La famille de Francières possède la seigneurie de Fay depuis au moins 1748. Ils ne sont pas des inconnus en ville. Ils apparaissent comme gouverneur de Vierzon, représentants du roi en 1500. Le plus connu des de Francières fut Robert qui prit part aux guerres de religion, dans le camp de la Ligue. Issus d'une famille de riches marchands, les de Francières possédaient également un des plus beaux hôtels particuliers du Vieux Vierzon, dans l'actuelle rue de l'étape, une sorte de palais d'hiver.

De Mac Nab à Célestin Gérard

Par un nouveau mariage, la propriété de Fay avec son étang passe dans les mains de la famille Mac Nab, en 1810. Les Mac Nab sont d'origine écossaise et l'aïeul qui fonde la branche française est un soldat (mercenaire) garde du corps du roi Louis XV.

Édouard Mac Nab sera conseiller général, deux ans maire de Vierzon Villages pendant la Seconde République, de 1850 à 1852.

Avant cela, Édouard a vu sa propriété amputée d'une grande partie sur le sud-Est. Il subit les expropriations liées à l'arrivée du chemin de fer, les lignes Orléans – Vierzon, Vierzon – Tours, et enfin la gare de triage.

Son fils – qui donnera son nom au théâtre vierzonnais – est le chansonnier Maurice Mac Nab qui fera les beaux jours du cabaret parisien « le chat noir » dans es années 1880. Il y créera « le grand métinge du métropolitain », chanson écrite pour les grévistes de la Société Française, en 1886.

Enfin, dans les années 1870, les Mac Nab vendent la propriété à Célestin Gérard, précurseur justement de la Société Française. Il avait fondé les ateliers de construction de machines agricoles face à la gare en 1848, revendus à Arbel en 1877 pour devenir la SFV...

Le château de Fay est très laid

Maurice Mac-Nab n'est pas le seul à aimer les rimes. Un jeune vierzonnais s'y essaye également, Salvinien, qui brocarde la château familial des Mac-Nab :

« Le château de Fay se dresse près d’une forêt épaisse où le gibier se presse, fait la nique au châtelain. Mais dès que l’on s’en approche, le regard, déçu, s’accroche à plus d’un détail qui cloche, autour du château de Fay, plus beau de loin que de près.

Le long mur qui s’écroule, vide hélas ! de toute foule, un petit jardin déroule son dessin sans mouvement ; dans les sentiers, l’herbe pousse comme sur les toits la mousse, une Solognote rousse en est le seul ornement, car ne sachant plus qu’y faire, le malin propriétaire a fui la saison dernière son pauvre château de Fay, plus beau de loin que de près.

Au milieu d’une clairière veuve même de bruyère, s’ouvrent maintes fondrières qu’il faut traverser ; d’abord on se trouve alors en vue d’une superbe avenue depuis si longtemps venue que plus d’un arbre en est mort ; tout au bout, un conifère un peu chauve et solitaire mort à ce château de Fay, plus beau loin que de près.

Or, inconséquence extrême, si ce châtelain que j’aime m’offrait le château lui-même que je vous peins au pastel, sans doute banale et sotte, je prendrais la Sologne avec le pin qui sanglote et les trous et le castel, dussé-je, pour le prix de vente, lui chanter sans variante merci au château de Fay plus beau de loin que de près. »

Cette farce a reçu une réponse de la part de la châtelaine, qui n’est autre que la mère de Maurice Mac Nab, Béatrix :

« Je ne fus jamais bien austère, vous le savez mon jeune ami, votre muse parfois légère ne me cause donc seul souci et sans rancune je veux rire de la très plaisante satire où vous chapez mon pauvre Fay, plus beau de loin que de près.

Quoique votre verve critique ait un peu chargé le tableau, je reconnais pour véridique certains traits de votre pinceau. Pourtant, admirez ma faiblesse, naïvement je me confesse d’aimer ce vieux château de Fay qui n’est beau ni de loin  ni de près. »

Images : Archives municipales Vierzon

Raymond Toupet, Passeur

À circonstances exceptionnelles, destin exceptionnel. Destin tragique que celui de Raymond Toupet. La seconde guerre mondiale l'a conduit au sacrifice, fusillé dans sa barque le 6 février 1942, à l'âge de 40 ans, il y a tout juste 80 ans.

C'est l'histoire d'un passeur, comme Vierzon et sa région en ont connu beaucoup, à partir de juillet 1940. Certains sont restés anonymes. Certains ont été interpellés, condamnés, incarcérées et libérés. Les récidivistes auront été sévèrement châtiés, envoyés en déportation. Beaucoup y sont morts. D'autres seront fusillés sur place, comme Raymond Toupet.

Il est né en 1902 et exerçait la profession d'ouvrier ajusteur lorsque la guerre a été déclarée. La convention d'armistice instaurait une Ligne de Démarcation sur le Cher, qui fut mise en place dans les premiers jours de juillet 1940.

Habitant Thénioux, il voit se monter la guérite de la « Zoll » non loin de chez lui. Grâce à une bonne connaissance des lieux et de la rivière du Cher, c'est tout naturellement, avec son frère Marcellin qu'il organise les passages des premiers clandestins vers la zone libre. Au début ce sont essentiellement des éfugiés ou des soldats prisonniers évadés que les frères prennent en charge dans la barque de Raymond.

Les Allemands l'arrêtent une première fois en 1941, condamné à 8 jours de prison au Bordiot. Une fois libéré, il reprend de plus belle son activité, faisant passer de nombreux clandestins, aviateurs, condamnés recherchés par les autorités allemandes ou françaises...

La filière des frères Toupet est connue jusque dans les stalags allemands. Les candidats au passage en Angleterre via l'Espagne avaient également ce même renseignement.

Parallèlement, les candidats au passage renseignaient Raymond des nombreuses activités des troupes d'occupation en zone nord, renseignements que Raymond collectait et transmettait au deuxième bureau de l'armée d'armistice, à Châteauroux, dont beaucoup d'officiers travaillaient en fait pour Londres.

Repéré au bord du Cher à Thénioux, Raymond est pris pur cible par les Allemands le 6 juin 1941. Les deux frères s'enfuient en zone libre. Recherchés par les autorités, ils sont convoqués au tribunal de la Feldgendamerie le 1er juillet 1941 (voir image jointe). Le 3 ils sont condamnés à mort par contumace.

Raymond poursuit tout de même son activité de passeur. Il s'installe en zone libre, à Vierzon Bourgneuf. Des rabatteurs des environs lui envoient des candidats au passage. Il les passe la nuit, dans sa barque, entre Abricot et Genette. Et le 27 novembre 1941 il essuie un nouveau tir de douanier. Il est blessé à la jambe et sera soigné à Châteauroux.

Alors que Marcellin est mis en résidence surveillée à Lignières par la police de Vichy, Raymond Toupet poursuit seul son activité de passeur. Son dernier passage a lieu le 6 février 1942.

À cette époque de l'année où le Cher est en crue, cinq clandestins ont pris pied à bord de la barque lorsqu'elle est prise pour cible. Raymond s'écroule pendant que les clandestins se mettent à plat ventre. Un d'eux se sauvera en passant par dessus bord. Il sera récupéré par les Allemands le lendemain ; il s'était accroché aux branches d'un arbre au milieu du Cher.

Le lendemain également, on retrouve la barque où gît le corps de Raymond à la Loeuf sur la rive sud ; les clandestins ont disparu.

Ses obsèques seront célébrées à Bourgneuf le 10 février en présence des officiers de l'armée d'armistice de Châteauroux.

En 1945, un procès va avoir lieu au tribunal de Bourges, dans le cadre des procès de l'épuration. En effet, les langues se sont déliées et on accuse A..., un des rabatteurs de la filière Toupet de l'avoir dénoncé. Ces archives judiciaires ont été récemment déclassifiées et sont donc consultables par tous.

À la lecture des différents actes, on en apprend également beaucoup sur l'organisation des passages. En février 1942, Raymond Toupet travaillait avec deux personnes : A... et B... . A... est le rabatteur de Raymond, celui qui prend les contacts avec les clandestins et qui les dirige vers la barque de Raymond. B... quant à lui est le financier. Les passages n'étaient pas toujours gratuits. Les sommes demandées aux clandestins pouvaient aller de 100 francs à 1000 francs (salaire moyen d'un petit employé de mairie en 1940 = 1000F/mois).

En effet, Toupet fournissait si besoin est, des faux papiers, des vêtements, de la nourriture pour quelques jours. Et pour les plus modestes qui ne pouvaient pas payer, il lui arrivait de fournir un pécule...

Que s'est-il passé le 6 février 1942 ?

Selon le procès, les faits se sont déroulés ainsi : A... et B... avaient donné rendez-vous à la nuit tombante à un clandestin dans le café du tacot (avenue Jean Jaurès). Alors qu'ils étaient à consommer, la Gestapo a encerclé le café. Les deux portes, avant et arrière sont surveillées. Alors que la Gestapo, envahit le café par la porte principale, A... s'enfuit par la porte arrière et n'est pas inquiété par les Allemands. B... et le clandestin sont arrêtés et dirigés vers le 12 boulevard de la Liberté... Au même moment, les douaniers étaient au moulin de l'Abricot et tiraient sur Toupet. Tous les témoins qui étaient présents dans le café, déclarent que A... a sans douté dénoncé la filière. Que pas un Allemand n'a essayé de l'intercepter à la sortie du café et qu'ils n'ont pas sorti leur arme de leur étui. D'autres sont plus affirmatifs : entre rabatteurs on savait que A... n'était pas fiable.

Le procès a duré peu de temps. A... n'était pas que rabatteur, il était également passeur. Il a fourni des témoignages de personnes qui ont confirmé que leur passage s'était très bien passé et qui le remerciaient.

Au vu de ces témoignages, au vu du manque de preuve, A... a été acquitté des faits reprochés.

Il ne restait plus alors que l'intime conviction des protagonistes...

Images :Archives municipales Vierzon Archives départementales du Cher

 

Le faux pèlerin

Dans une chronique précédente (voir l'archive du vendredi 6 novembre 2020 sur Facebook), nous avons déjà évoqué la personnalité du premier maire de Vierzon, François Rouseau de Belle Île, et sa confrontation avec le lieutenant général du bailliage de l'époque.

Cet épisode-ci participe à la querelle que les deux hommes se sont livré durant des années...

Nous sommes le 20 avril 1695. François Rousseau, maire perpétuel omnipotent en place depuis deux ans, procède à l’arrestation d’un quidam qui lui semble louche. La description de ce cas nous est parvenue, une fois encore, grâce aux registres du tribunal de bailliage de Vierzon conservés aux archives départementales du Cher.

François Rousseau explique les circonstances de cette arrestation : « Nous promenant près le puy Saint Jean de Vierzon, avons rencontré un homme vêtu d’un habit d’ermite auquel avons demandé qui il était, où il allait, d’où il venait. Il nous a répondu qu’il était de Tulle et frère chapeau des Récollets. A quoi nous lui avons demandé s’il avait obédience ou passeport. Lequel nous a répondu n’avoir ni l’un ni l’autre, ce qui nous a donné lieu de lui dire qu’il y avait quelque mystère caché sous son habit et qu’apparemment n’était point frère chapeau des récollets mais quelque travesti ou espion. Aussi avant que de le laisser aller plus avant, nous étions obligés pour l’intérêt du roi et le devoir de notre charge de nous instruire du motif de son voyage.

Vêtu de séculier

Le sommant de nous le dire, il nous a dit que les pères du couvent où il demeurait près de Tulle ayant été chassés de leur couvent, l’aurait chargé, ayant des connaissances à Paris, d’aller solliciter leur rétablissement. Partis à deux, son compagnon l’aurait quitté à Aubusson.

Comme cette réponse n’était pas sincère par les différents interrogatoires que nous lui avons faits et au contraire il s’était coupé en plusieurs fois, tantôt nous disant qu’il avait quitté son couvent pour mécontentement, tantôt pour aller se faire frère de la charité à Paris.

Nous avons jugé nécessaire de prendre des connaissances plus particulières de sa personne et à cet effet nous l’avons fait entrer chez Huguenin, demeurant près le puy Saint Jean. Là nous lui avons ordonné de se défaire de sa robe d’ermite. Nous l’avons trouvé vêtu d’un juste au corps et vêtu de séculier portant chapeau lequel nous a davantage confirmé que cet homme était suspect.

Nous lui avons ordonné d’exhiber tout ce qu’il avait dans les poches : quelques livres de dévotion, un chapelet et une bourse contenant deux louis d’or. Attendu que nous n’avons pu tirer de lui aucun éclaircissement de son pays, de sa profession et du sujet de son voyage ; ses variations et le double habit dont il est vêtu donne sujet de questionnement. Nous l’avons, pour l’intérêt de l’Etat, fait conduire dans une tour de cette ville servant de prison pour demain le faire conduire sous bonne garde à Monsieur l’Intendant. »

Le travesti enlevé

Oui mais voilà, c’était sans compter sur le lieutenant du bailliage, véritable concurrent aigri du maire François Rousseau.

Au courant de l’arrestation de ce personnage ambiguë, le lieutenant général du bailliage entre en scène.

Et Rousseau de poursuivre : « Et ledit jour 21 avril 1695 par devant nous juge est comparu le sieur Huguenin chargé de fournir audit travesti le pain des prisonniers lequel nous a dit que lui portant ledit pain et étant sur le dessus de la porte des ponts qui conduit à la tour, seraient montés noble Adrian de Lanjon, lieutenant général, Gabriel Thomas, procureur du roi et Martin Richer greffier, et Mathurin Guérinet huissier lesquels lui auraient dit de lui présenter ledit travesti. A quoi il leur aurait dit que le maire l’avait fait prisonnier comme suspecté d’être quelque espion. Il ne pouvait donc pas le leur présenter sans auparavant nous demander avis. Sur quoi le sieur Lanjon se serait jeté sur lui et lui aurait tiré des mains la clé de la porte de la tour et ensuite aurait été à ladite tour, l’aurait ouverte et enlevé le travesti. Huguenin nous requérant pour sa décharge lui donner acte dudit enlèvement pour servir à valoir ce que doit. »

Qu’a donc fait le lieutenant général du travesti ? Voulait-il l’interroger lui-même ? Ou l’emmener lui-même à Bourges auprès de l’Intendant pour se faire bien voir dans ce conflit qui oppose les deux hommes de pouvoir à Vierzon ? Toutes les hypothèses sont plausibles. Cela ne lui a pourtant pas coûté sa place. Adrian de Lanjon, lieutenant général à Vierzon depuis 1650, a conservé sa place jusqu’en 1702, remplacé par René Rossignol.

On comprend mieux qu’il ait été blessé qu’un freluquet en culottes courtes piétine ses plates-bandes en 1693. Cela faisait quarante-trois ans qu’il régnait en maître à Vierzon...

Et pourtant, avec le changement de personnel judiciaire, les querelles se poursuivront entre bailli et maire. Bientôt ce sera au tour de François Rousseau d'être accusé d'avoir chanté trop fort... Affaire à suivre, donc...

1961 : Vierzon fait l'œuf

1961 : Un flot de petits vierzonnais, filles et garçons, découvrent pour la première fois les joies des sports d'hiver. La joyeuse ribambelle débaroule en désordre sur les pentes de Saint Léger les Mélèzes. Les combis ont aujourd'hui remplacé les bons vieux anoraks-cagoules mais les cris résonnent de même au pied des tire-fesses.

Programme électoral 1959

Lors de la campagne électorale pour les municipales de 1959, la liste du Parti Communiste menée par Léo Mérigot présentait son programme en trois points, trois points qui seront l'épine dorsale des mandats qui suivront.
Le premier axe était le logement social. En 1959, Vierzon comporte encore beaucoup de mal logés dont certains le sont depuis 1944 et le bombardement du 1er juillet.
Le deuxième axe est celui des personnes âgées, les « Anciens », comme aimait à les appeler le 1er adjoint Fernand Micouraud. Le « colis des vieux » date de cette époque ; la construction de la maison de retraite Ambroise Croizat également...
Quant au troisième axe, ce sera celui des jeunes. Créations de nouveaux groupes scolaires, de nouveaux terrains de sport, sans oublier la crèche, sortie de terre en 1973 sur le jeune quartier du Clos du Roy.

Sports d'hiver

La jeunesse de Vierzon pourra également profiter des joies de la poudreuse lors de classes de neige organisées pour les écoliers. Chaque année en janvier les élèves de CM1 pourront apprendre le chasse neige sur les pentes des Alpes.
1961, Une... Première : quelques dizaines d'écoliers découvrent le ski à Sappey en Chartreuse, près de Grenoble. Les enfants en reviennent enchantés ; la municipalité également. Elle a gagné son pari de devenir la première commune du département à organiser ces classes de neige.

Vierzon connaissait les colonies de vacances aux Trois Brioux depuis les années 1930, dorénavant l'hiver n'est plus un obstacle « au grand air ».

La politique tarifaire permet à de nombreux jeunes de tous milieux de partir. Dès 1961 l'hôtel de Sappey se révèle trop petit. Il faut penser plus grand. C'est la commune de Pont du Fossé qui est choisie, proche de Gap. Elle a l'avantage de posséder deux vastes hôtels dont les seuls noms vont évoquer bien des souvenirs aux quadras et quinquas vierzonnais, voire aux jeunes retraités : l'hôtel « DRAC ET MONTAGNE » et le chalet « LES DIAMANTS ».

Le Brudou

Vierzon recherche dès 1964 son propre terrain où installer cette colonie d'hiver. Le terrain acheté les travaux  peuvent commencer et « LE BRUDOU » peut sortir de terre et devenir opérationnel en 1969. Là encore ce nom de BRUDOU résonne à nos oreilles comme notre madeleine de Proust. Certes il y avait classe en demi-journée. Mais y aller en pantoufles, c'est quand-même quelque chose !
Aujourd'hui le brudou est toujours debout, même s'il n'appartient plus à la ville de Vierzon. Un temps propriété des PEP, il est devenu centre de colonie de vacances, été-hiver, géré par un privé.
Qu'à cela ne tienne, les nouvelles générations de vierzonnais qui ont eu ou qui auront la chance de partir à Pont du Fossé reviendront bourrés des mêmes souvenirs que leurs aînés des décennies passées.

Pont-du-fossé, février 1979

Classe de CM1, école du Bourgneuf.
Quelques jours avant « le grand départ », réunion des parents à l'école. Vérification du trousseau type ; rappel de la nécessité de coudre nos noms sur nos vêtements ; dernières consignes données aux parents. Et enfin c'est le grand jour, le grand soir plutôt.
Ramassage des élèves partant de l'école par car scolaire et faisant le tour des différents quartiers.
Arrivée à la gare. Montée dans le train affrété tout spécialement.
Voyage de nuit. Vous êtes sensé dormir pour arriver frais et dispos (dormir???)...
Descente du train, arrivée au Brudou et prise de contact avec les locaux dont l'immense cheminée centrale). Choix de la chambre. Essayage des chaussures et des skis.
Classe le matin, ski l'après-midi. Et entre les deux, la cantine et ses tables de 6 en formica.
Séance d'écriture aux parents et familles (ici tout va bien). Et le passage obligé au magasin de souvenirs (potier) pour dépenser l'argent de poche et offrir un beau souvenir aux parents (moi ce sera un pot à crayons).
Hop, en piste. Apprentissage du tire-fesses, du chasse-neige et du virage, à gauche ou à droite. Et la photo officielle qui rendra fier les parents.
Une journée spéciale en petit groupe pour le ski de fond. Et une autre à la patinoire de Gap. Sans oublier les séances de luge sur sur des sacs plastique.
La cabane dans le parc du Brudou, avec les copains. Et le dimanche soir, séance de cinéma pour toutes les classes rassemblées dans le hall. De même que la chasse au trésor.
Et puis, au bout de 21 jours qui peuvent paraître trois semaines, le passage devant un jury. Un par un pour la première étoile.
Enfin le retour à Vierzon. Retrouvailles sur le quai de la gare, récupération de la valise et retour à la maison.
Et c'est là seulement que les choses sérieuses commencent : « Alors, raconte !... »

Février 1979, hier…

Images : Archives municipales Vierzon

La crue de 1910
La crue hivernale de 1910 est restée dans les mémoires. Et pour cause, c’est la première qui fut mise en images. Pourtant, si les vierzonnais avaient les pieds dans l’eau, ce ne fut pas la pire inondation que Vierzon ait connue.
Le débit moyen du Cher est de 60 m³/seconde. À l'étiage il n'est que de 5 à 10 m³/seconde. Et en cas de forte crue, il peut monter à 2500 m³/seconde.
Celle de 1910, de mémoire de Vierzonnais, on n’avait pas connu ça depuis 1856, près de 60 ans auparavant. La moitié des 12000 vierzonnais de l’époque s’étaient retrouvés un beau matin de janvier les pieds dans l’eau. La cote d’alerte du Cher, 3 mètres à l’époque, avait été allègrement dépassée pour atteindre 4,46m.
 
En 1910, au matin du 22 janvier, ce sont encore 6000 vierzonnais qui ont les pieds dans l’eau, mais ils ne représentent plus qu’un quart de la population de l’agglomération qui en compte 24000.
La cote d’alerte du Cher est toujours de 3m, et le niveau montera, au plus fort, à 3,06m. Pourtant, cette inondation est restée gravée dans les mémoires comme étant une des plus graves de Vierzon.
Il est vrai qu’entre temps la photographie a fait son apparition et tous les éditeurs et libraires ont leurs collections respectives de cartes postales. Entre temps la presse s’est émancipée. On compte deux journaux à Vierzon : Le Journal de Vierzon et La dépêche du Berry. À une époque plus récente, certains ont parlé du poids des mots et du choc des photos…
 
Mais les eaux font des dégâts que les conseils municipaux vont mettre longtemps à estomper. Le pont du Terrichon, à Bourgneuf, est emporté, les pelles du quai d’Yèvre ne sont plus qu’un souvenir.
En 1910 le quartier bois d’Yèvre n’est pas encore totalement construit. Les constructions le long de la rue Armand Bazille sont en cours. Son tracé sera achevé en 1928, au terme du mandat de Péraudin. Seuls les jardins du quartier seront inondés, causant un moindre mal. Mais le quartier qui souffre le plus de la montée des eaux est celui de l’abricot, celui des maraîchers.
Sans oublier que l’Yèvre, qui ne peut plus s’évacuer, inonde les plaines des Forges, du côté de Dournon. Le chemin de Chaillot n’est pas immergé (actuelle rue Etienne Dolet) mais le niveau d’eau inquiète tous les patrons qui mettent les ouvriers en chômage technique pendant trois jours (Thouvenin, Rondeleux…), mais seront payés pour les temps de nettoiement. Seule la pointerie maintient son activité.
Une grève atteint la porcelaine Bouchard (quartier abricot), grève qui remonte aux oreilles du Conseil municipal de Ville. La Veuve Bouchard refuse de payer ses ouvriers à nettoyer l’outil de travail. En mars 1910, le conseil se propose d’être arbitre et offre de plus une somme de 60 francs pour les grévistes.
 
Autre conséquence : les jardins inondés font grimper les prix des légumes d’hiver à des sommets que l’ouvrier moyen ne peut pas se payer. Là encore le conseil municipal se fait l’écho de ce désordre inacceptable. Il faudra tout de même attendre la production suivante pour que les prix retrouvent une certaine décence.
 
Enfin, les pertes mobilières sont considérables. Le conseil municipal de Ville vote un secours d’urgence de 1000francs dès le 23 janvier. Villages, Bourgneuf et Forges ne voteront rien. Par contre, la préfecture, en mars 1910, octroiera un secours exceptionnel de 2200F à Ville, et 900F à Villages. Rien pour Bourgneuf ni pour Forges.
Ces sommes sont destinées aux pertes mobilières mais aussi de secours aux ouvriers les plus touchés par le chômage.
Par contre, si Péraudin félicite tous les sauveteurs, gendarmes, pompiers… , le maire de Bourgneuf, Nicault, dédommagera certains d’entre eux . C’est ainsi qu’on apprend le 26 août que 54 francs ont été distribués à 5 sauveteurs, à raison de 8 francs la journée de bateau et 6 francs la journée sans bateau.
 
1910 aura été la première crue médiatique de Vierzon, dépassant de 6 centimètres seulement la cote d’alerte. Des crues, Vierzon en aura connues une bonne dizaine en 100 ans. Si les digues ont amélioré les passages pluvieux, trois autres crues ont laissé des traces dans les mémoires. 1940 : crue de 4,70m, prélude à l'occupation allemande. À l'époque la rumeur avait fait de cette crue l’œuvre de la 5e colonne qui avait fait sauter les barrages sur le Cher. Il n'en était rien, il s'agissait tout simplement de très fortes pluies sur le bassin versant du Cher, dans l'Allier.
De nouvelles crues auront lieu post guerre. 1958, plus forte crue de printemps avec une cote d'alerte à 4,60m. 1977 est également encore dans les mémoires.
Depuis cette date, les digues installées vers la Genette ont bien rempli leur rôle, les dégâts sont amoindris...
À Vierzon, en Brouhot, on dépasse le tacot...
« Quand Renault tousse c'est la France qui s'enrhume ». La maxime des années 1970 voyait dans la Régie le reflet de la bonne santé économique du pays. Déjà au début du siècle le dynamisme des constructeurs français fit de la France le premier pays producteur. Il y avait plus de 200 marques de constructeurs automobiles en 1900. Ils s'appelaient Brazier, Panhard, Mieusset ou Darracq... ainsi que le vierzonnais Brouhot.
 
L'entreprise Brouhot était née en 1862 à Vierzon Ville, rue du Cavalier. Charles Brouhot y fondait une entreprise de matériels agricoles. Il concurrençait là les ateliers de Célestin Gérard tout proches mais aussi son ancien patron, Ferdinand Del, installé aux Forges.
Mais Charles Brouhot s'intéressait également au moteur à explosion qu'il souhaitait adapter aux locomobiles. C'est ce qui a permis à son fils Georges de diversifier l'entreprise en utilisant le moteur dans une nouvelle branche : l'automobile.
Leurs recherches sur le moteur à explosion aboutira en 1896, année de conception d'un premier prototype abouti au sein de l'usine du Cavalier ; le moteur sera récompensé l'année suivante à Paris.
En 1899, la première immatriculation d'un véhicule dans le département du Cher est la voiture personnelle de Georges Brouhot, le type C de 10cv. La deuxième immatriculation sera la de Dion du pharmacien de Mehun sur Yèvre. Et la troisième sera une Panhard appartenant à un conseiller de Nançay. En tout, ce seront 15 véhicules qui seront immatriculés dans cette année 1899.
Et les cinq premiers permis de conduire délivrés par le préfet du Cher le sont tous à la maison Brouhot. À Georges tout d'abord mais aussi à quatre de ses contremaîtres mécaniciens. Georges participera personnellement aux exhibitions des véhicules. Sa première participation aura lieu dans une courses en boucle autour de Nice en 1899 (arrivé 16e sur... 16 participants, à la vitesse inouïe de 24km/heure). Les contremaîtres, eux, testeront les véhicules sur route avant livraison aux futurs acquéreurs.
Le tout premier d'entre eux justement sera le docteur ophtalmologiste Valude, futur responsable de l'hôpital des 15 20 à Paris. Valude a immortalisé l'achat de son véhicule, le numéro 15 sorti des ateliers, en se faisant photographier au volant, en bas de la rue Jean-Baptiste Clément.
Et hors Vierzon, le premier possesseur d'une Brouhot sera le maire de Vailly sur Sauldre qui lui aussi aimait parader au volant. Les sorties familiales dominicales étaient prétexte à montrer sa Brouhot, plus photographiée que son propriétaire.
 
1897 est la première trace d'une voiture Brouhot officiellement montrée au public, lors du salon parisien du cycle et de l'automobile. Lors de l'Exposition Universelle de 1900, c'est une Brouhot qui remportera le grand prix ; médaille d'or à l'exposition du Grand Palais de 1901 ; médaille d'or et médaille de vermeil au concours international de motorisation, 1902 ; Grand Prix à l'exposition de Vienne (Autriche) en 1902.
Mais au-delà des prix remportés dans les grands concours et expositions internationales, c'est sur les routes que Brouhot va se faire connaître, en participant à toutes les épreuves automobiles naissantes. Le but de l'usine vierzonnaise est de faire connaître la marque dans des épreuves de vitesse, certes, mai surtout des épreuves d'endurance et de régularité. La première course courue par Georges Brouhot en personne n'avait ps été couronnée de de succès. Georges engage alors plusieurs voitures et pilotes formés maison.
En 1902, le circuit de l'Héraut est remporté avec une moyenne de 81 km/heure. En 1903, 1904 et 1905 la marque s'arroge les premières places du circuit de Touraine. 1905 toujours, Brouhot remporte la coupe des Pyrénées, toutes catégories. Et en 1906 c'est le circuit d'Auvergne et le Mont Ventoux qui font reconnaître la marque et la régularité de ses moteurs.
Et ces années-là, la concurrence s'appelait Peugeot, Panhard-Levssor, Renault, Chenard...
Le coup de maître sera de proposer une voiture Brouhot aux organisateurs du premier Tour de France cycliste. Quelle publicité !
Il s'agissait de faire oublier la tragique course Paris-Madrid du mois de mai 1903. Elle n'ira jamais au delà d'Angoulême. La Brouhot n°23 fait une embardée et fauche trois spectateurs. Le mécanicien est également tué. « Le pire accident automobile de l'histoire ». L'Europe et le monde découvre que l'automobile peut être meurtrière. Le ministre de l'Intérieur arrête la course qui avait également vu le décès de Marcel Renault dans les mêmes circonstances.
 
Dans les années 1906 à 1908, ce sont près de 400 ouvriers qui travaillent dans la branche automobile du boulevard de la Liberté. Les salaires y sont plus élevés que dans la branche matériel agricole. Ils sortent une quarantaine de châssis par mois. Brouhot a cette particularité qu'il ne fait appel à aucun sous-traitant, contrairement aux autres constructeurs automobiles. Toutes les pièces, châssis, moteur, carrosserie, sellerie, sont fabriquées maison. Il existe plusieurs types de châssis, de carrosseries, de moteurs. Le client peut donc choisir entièrement son modèle, de 9 à 60cv. Il lui sera fait sur mesure. Mais c'est là également une faiblesse de Brouhot : les prix de revient sont élevés. Une voiture de 15cv coûtait, en 1908, la bagatelle de 12000 francs. Le salaire moyen d'un ouvrer était de 100 francs. Il fallait donc un minimum de12 ans pour se payer une auto. Ce sera là une des causes de l'échec final de l'entreprise.
Brouhot a vendu beaucoup de châssis nus, y compris pour d'autres constructeurs autos. C'était un moyen pour la marque de ne pas perdre trop d'argent, les châssis seuls rapportaient 500 francs de bénéfice pièce. Il faut dire que techniquement, les modèles avaient vieilli rapidement. L'entraînement par chaîne avait été abandonné par tous sauf par Brouhot. Les autres constructeurs avaient opté pour le cardan plus fiable.
Mais cela n'empêche pas Brouhot de continuer son ascension. En 1907, Paris commande 200 autos-taxis. Grosse commande qui augure d'un bon avenir. Avenir d'autant plus clair qu'une compagnie londonienne commande également 400 taxis.
 
Malheureusement cette commande, c'est le baiser de la mort pour Brouhot. Les 200 premiers taxis sont arrivés à Londres lorsque la compagnie se rétracte. Il reste 200 taxis qui attendent dans les ateliers vierzonnais. Brouhot préfère vendre à perte. Paris les récupère pour une bouchée de pain. Beaucoup de ces 400 taxis parisiens seront ceux qui partiront en 1914 « taxis de la Marne ». Mais il sera trop tard pour profiter de cette publicité involontaire mais gratuite.
La faillite est là qui s'annonce. Les banques s'en mêlent. Et, summum, un associé « indélicat » quitte le navire en emportant la caisse. On le croit parti en Argentine...
Georges Brouhot avait eu du flair : il avait créé une société à part entière pour la branche automobile. Ainsi la branche matériel agricole ne sombrera pas en même temps que les voitures.
L'usine de matériels agricoles fonctionnera jusque 1955, en partie sur le site historique du Cavalier ; en partie sur une usine nouvelle, rue Henri Barbusse.
 
Aujourd'hui il ne reste plus que trois voitures Brouhot en France, dont une est plutôt un « morceau de Brouhot ». Elles appartiennent à des collectionneurs qui n'ont pas hésité à casser leur tirelire. La dernière, mise aux enchères en 2008 est partie à plus de cinquante mille euros.
Mais, avis aux fins limiers : il en existerait une quatrième. En effet, un client de Brouhot ne fut rien de moins que le roi du Portugal. Sa voiture se promènerait aujourd'hui quelque part au Brésil qui n'attend peut-être que son futur acquéreur...
 
On peut lire :
Dulier : De la batteuse à l'auto : Brouhot de Vierzon, in Le fanatique de l'automobile, numéros 108 109 et 110, septembre à novembre 1977.
 
Images : Archives municipales Vierzon
Les armoiries de la ville de Vierzon
Tour droite, tour penchée ?

Dans son histoire, Vierzon a été représentée par deux emblèmes différents.
Dans un premier temps celle de ses seigneurs ; puis, depuis la fin XIVe siècle, celle de la ville.

Si le site de Vierzon préexistait bien aux invasions normandes, les écrits ainsi que les éléments archéologiques sont trop peu nombreux pour réellement pouvoir expliquer le fonctionnement de notre cité à l'époque du Haut Moyen-Âge. Nous pouvons tout juste imaginer un lieu de pouvoir certainement wisigoth sur une rupture de charge entre Cher, Yèvre, et chemins antiques.
Plus connue est la période postérieure, celle d'après les invasions normandes, concomitantes à la création de l'abbaye Saint Pierre de Dèvres. Un seigneur local, Ambran, dote l'abbaye de plusieurs terres agricoles vierzonnaises.
Ces premiers seigneurs, en qui la tradition locale voyait des Normands sédentarisés, sont alors les vassaux du Comte de Blois, Chartres et Chambord.
Il faut attendre le début du XIe siècle pour voir apparaître leur emblème : un écu à damier vert et rouge. La couleur rouge est symbole de vaillance, de courage ; le vert est lui symbole de fidélité à son suzerain.
L'écu de la famille dynastique devient emblème de toute la seigneurie, sans distinction des villes et campagnes, Vierzon, Selles-Saint-Denis, Mennetou, La Ferté Imbault... Mais c'est avant tout une reconnaissance familiale. Arnoul part en croisade en 1142, bannière et écu protecteur en tête. Le roi sait reconnaître les couleurs de ses vassaux. Celui de Vierzon sera récompensé en accordant à ses successeurs le droit de frapper monnaie.
À la fin du XIIIe siècle, la seigneurie se transmet par les filles. Son (sa) propriétaire peut alors en être fort éloigné(e). L'écu vert et rouge n'est plus qu'une partie de l'emblème de son possesseur.

Après tractations financières compliquées et espacées dans le temps, la seigneurie vierzonnaise est définitivement rattachée au domaine royal au mi-temps du XIVe siècle.
C'est là le début de la période communale de la ville. Trois échevins élus par la « major pars » de Vierzon, investis de pouvoirs locaux et d'un budget en conséquence vont dorénavant gérer la ville dans l'intérêt commun.
C'en est fini de l'écu vert et rouge. Place à du neuf. La municipalité va se choisir une nouvelle emblème. Ce sera une tour et elle sera penchée.
Notre vieil (et premier) historien Béchereau (1748) en donne une signification hasardeuse. Pour lui, la tour penchée vient du fait des nombreux bouleversements et destructions que Vierzon a connus dans son histoire, y compris durant la Guerre de Cent Ans. De la même manière il tire du mot latin « eversio (bouleversements) » l'étymologie de Vierzon.
En fait, la tour penchée a une toute autre signification : Si la tour droite est symbole de la féodalité (soumission à un seigneur), la tour penchée est synonyme de l'abandon de soumission à un seigneur.
 
Ces armoiries ont été décrites et figées pour Louis XIV. En 1664, on lui présente la série des Armoiries des Provinces et Villes de France. Celles de Vierzon sont alors définitivement gravées dans le marbre : un écu « à tour chancelante à dextre, maçonnée et crénelée de trois pièces d'argent, à la porte ouverte de sable ». Une tour penchée sur fond bleu, donc. Ce sont les mêmes qui seront reprises par l'armorial d'Hozier, en 1696.
 
Pourtant, lorsque Béchereau dessine la tour penchée, il l'entoure de deux « sauvages » protecteurs.
Il écrit avoir dessiné ces armoiries en prenant modèle sur des dessins existant « porte des ponts, au dessus de la porte de l'escalier de Saint Martin près la Chevrollerie, au puits de la place des bans et au bas d'un vitrail dans l'église Notre Dame ».
Depuis qu'on a découvert l'Amérique en 1492, les « sauvages » d'Amérique du Sud sont devenus phénomènes de curiosité et de mode. Nombreuses sont les villes à avoir incorporé ces sauvages dans leurs armoiries, ainsi que des familles, des corporations… La mode passée, les deux sauvages disparaîtront d'eux-mêmes.
 
Lors de la Renaissance, une notion émerge, celle de « bonne ville » du royaume. Une couronne composée de plusieurs tours chapeaute alors les armoiries de la ville. Cette couronne permet une classification entre les villes. Plus la couronne possède de tours, plus celle-ci est puissante. Les plus puissantes sont déclarées villes royales.
Vierzon a longtemps été éloignée de cette classification. Elle ne connaît cette classification qu'après 1565, alors qu'elle venait d'être visitée par le roi Charles IX en personne. Elle devint alors 3e bonne ville de Berry, après Bourges et Issoudun. Quant au nombre de tours, il passe allègrement de trois (officiellement) à six, selon l'inspiration du dessinateur-graveur...
 
Le XIXe siècle est celui qui voit la tour régulièrement se redresser, en fonction de la méconnaissance ou des envies de leurs auteurs.
Pourtant c'est là un phénomène apparu dès la Renaissance. La tour a été gravée droite sur la cloche du beffroi (1516). Une tour droite également a été gravée sur une couleuvrine de 1522. On peut facilement imaginer là une erreur de graveurs extérieurs à la ville (Lescot à Orléans).
C'est néanmoins aux XIXe et XXe siècles que la tour sera la plus fréquemment redressée, en fonction de l'envie ou de la méconnaissance de son histoire.
 
Le XIXe siècle est celui pour Vierzon de son industrialisation. La ville vit son époque triomphante et on en profite pour redresser la tour.
Il est probable que les redresseurs de tour aient oublié sa signification originelle et voient en elle le beffroi, seule tour médiévale visible par tous. En quoi aurait-il été penché ? Bonne question à laquelle aucune réponse historique n'avait pu être donnée. Une tour dressée était sans doute plus conforme à l'idée que l'on pouvait se faire d'une ville qui connaissait alors une forte croissance démographique.
C'est ainsi que bon nombres d'entrepreneurs locaux ont inséré une tour droite sur le papier de leur correspondance. C'est également le cas pour les différentes communes de Vierzon Ville, Villages, Bourgneuf et Forges qui ont tantôt choisi une tour droite, tantôt une tour penchée, au gré des époques.
Il est tout de même utile de préciser que seul un conseil municipal a le pouvoir de décider des armoiries d'une ville, voire d'en changer pour en créer de nouvelles. Or, depuis le XIVe siècle, aucune réunion d'échevins, aucun conseil municipal n'a délibéré sur ce sujet. La tour vierzonnaise est donc bel et bien penchée depuis maintenant plus de six cents ans...
 
On peut lire :
Béchereau, Mémoires sur Vierzon, manuscrit, 1748. Une version édulcorée a été publiée en 1927. La lecture du manuscrit est plus ardue mais bien plus intéressante.
 
Images : Archives municipales Vierzon

 

L'aiguilan
Pour terminer cette année 2021, partons à la recherche de cette tradition vierzonnaise : l'aiguilan, présent offert aux enfants le 1er janvier.
Un seul auteur en a parlé : Lemaître, en 1835, dans les toutes premières pages de son « Histoire de Vierzon ». Celles-ci sont consacrées à la supposée ancienneté gauloise de notre cité. Il rappelle la vénération que nos ancêtres avaient des vieux chênes, notamment ceux sur lequel poussait le gui. Gui que les druides coupaient avec leur serpe d'or au solstice d'hiver, tradition que l'on a gardé dans l'expression « au gui l'an neuf ».
Ces quelques lignes sont accompagnées d'une note au bas de page : « L'an nouveau ; c'est d'après ce cri de la multitude que les paysans du Berry ont conservé jusqu'à présent l'usage d'appeler éguilan le présent de nouvel an qu'ils donnent aux enfants. »

Ici commence l'enquête. Qu'est ce donc que cet éguilan que l'on donne aux enfants ? Dans les musées des arts populaires et folkloriques ? Rien. Aux archives du Cher ? Rien non plus... Il faut faire appel aux plus fins limiers, passionnés d'histoire du Berry, voire de berrychonneries, voire de vieils parlures d'autrefois, voire de tout cela à la fois.
Première chose à faire, regarder chez les vieux auteurs berrichons s'il n'y a pas une allusion à cette tradition. Hugues Lapaire ? Alphonse Ponroy ? Aucun aiguilan en vue. L'affaire s'annonce compliquée.
Pourquoi ne pas tenter les lexicographes ? À commencer par le Comte Jaubert (voir par ailleurs la chronique du 15 octobre 2021 le concernant). Bingo, il en parle ! « Aiguilan: petit gâteau de forme bizarre que tous les pâtissiers de Vierzon vendent pendant quelques jours aux environs de Noël ».
On avance.

En attendant, c'est un poète et académicien... breton, (eh oui) qui va nous en apprendre un peu plus sur notre tradition. Découvrons un extrait de « Fêtes et coutumes populaires » de Charles Le Goffic en 1911 :
« Place aux petits mendiants de la grande frairie décembrale! Noël est leur fête par excellence. Il y a encore quelques villes de l'Ouest où on les voit rôder de maison en maison, clamant l'Aguilé. Une baguette de saule écorcée aux doigts, ils frappent à l'huis pour demander leur part du festin. De fait, leur besace ne tarde pas à s'emplir, non de croûtes de pain, de reliefs abandonnés, mais de beaux et bons gâteaux de fine farine blutée exprès à leur intention. Cet usage des gâteaux est répandu dans toute la France. Aucune de nos provinces n'en a le monopole. Sous vingt noms différents on les retrouve : dans les apognes de Nevers, les cochenilles de Chartres, les bourrettes de Valognes, les cornabœux du Berry, les cogneux de Lorraine, les cuigns de Bretagne, les aiguilans de Vierzon, les hôlais d'Argentan et les quénioles de la Flandre... »

La spécialité culinaire est donc bien spécifique pour Vierzon. Reste à en connaître les détails.
Le journal la Dépêche du Berry s'intéresse à cette coutume au tournant de l'année 1923. Ce sera là la dernière fois qu'elle sera évoquée. Mais, entre 1911 et le livre de Le Goffic, et 1923 et l'article de la Dépêche, le petit gâteau a changé de nom. D'aiguilan il est devenu « gibacière ». Pourquoi ? Coment ? Aucune idée... L'article, daté du 31 décembre 1923 rappelle « une vieille coutume vierzonnaise » à laquelle les « vieux vierzonnais restent immuablement fidèles ». Déjà cette expression laisse entendre que la tradition se meure, dommage...
On apprend la forme de la pâtisserie : une main aux doigts refermés sauf l'index et le majeur allongés. On apprend également qu'elle fait environ quatre centimètres de côté et est faite en pâte feuilletée « à l'instar de la galette berrichonne ». Ce gâteau ne se vend qu'au jour de l'an et est proposé aux hôtes de passage. Les hôtes de passage seraient-ils les enfants qui vont de maisons en maisons réclamer leur dû ?
Dans le journal du 5 janvier suivant, on apprend qu'il n'y a plus qu'un seul pâtissier – hélas ! – qui perpétue la tradition : Gibault, grande rue, et que le « sympathique serveur du National » en a distribué à ses clients du jour de l'an ».

Enfin, quelques jours plus tard, la Dépêche se fait à nouveau l'écho de la tradition. L'article du 31 décembre a fait réagir un vieux boulanger retraité qui a pris la plume pour expliquer ce qui se faisait « de son temps », c'est-à-dire au siècle précédent. Il explique qu'il s'en vendait « plus de 2000 douzaines » rien que le jour de l'an. Quant à sa forme, notre anonyme vieux boulanger a une explication bien à lui, explication que l'on se transmettait de bouche à oreille de pâtissier depuis des générations.
Un jour un roi fit venir son cuisinier pour lui demander un gâteau inédit à l'occasion du nouvel an. Celui-ci apporta sur la table royale une exquise pâtisserie à la forme bizarre. Le roi, lui demandant des explications montra sa main difforme. C'est là son explication de la forme de l'aiguilan – gibacière vendu alors dans toutes les boulangeries de Vierzon.

Aujourd'hui la tradition est morte. Quand était-elle apparu ? Notre vieil historien Béchereau, en 1750 n'en a pas parlé. Peut-être que l'aiguilan n'existait pas encore. Ou plutôt qu'il n'a pas estimé nécessaire d'en parler. Aujourd'hui cela fait une centaine d'années que la tradition est morte. Peut-être une boulanger s'en emparera pour faire revivre notre « lichounerie » purement vierzonnaise...
 
Images : Archives municipales Vierzon
La reconstitution de l'aiguilan est de Michel Pinglaut, auteur de « j'causons coume Molière », La bouchure, 2018

 

Jean Foucrier
Jean Foucrier est né à Montluçon en 1863. Il devient apprenti typographe à 14 ans. Puis part à Limoges poursuivre sa formation d'imprimeur, en qualité de directeur technique.
 
Imprimeur-militant
Son esprit d'homme de gauche est conquis par Vierzon, sa nouvelle ville d'adoption en 1892. Il y démarre une activité d'imprimeur, au 26 Grande rue (rue Joffre). L'année suivante il se lance dans le journalisme et crée son journal, « La Dépêche du Berry », au début simple feuille recto-verso qui paraît les jeudis et samedis. À sa narration des événements locaux, il rajoute les dépêches nationales et internationales. En 1935 il avouera avoir fait œuvre de militant, s'invitant ainsi dans le débat politique local.
C'est ainsi que La Dépêche soutient la candidature d'Eugène Baudin lors de la législative de 1893. Et son journal sera aux côtés de Jules Louis Breton, scientifique, socialiste, à celle de 1898. Il fait parallèlement la connaissance d'Henri Laudier, conseiller municipal de Vierzon Villages puis un temps sur la liste d'Émile Péraudin à Vierzon Ville. Les deux hommes, après une brouille aussi brève qu'explosive deviennent amis et Foucrier suivra Laudier à Bourges lorsque ce dernier se lancera à la conquête de la mairie.
 
La Dépêche
Entre-temps La Dépêche grandit vite. Elle passe de deux à huit pages en moins de dix ans et à un rythme de trois éditions par semaine. La rédaction s'étoffe. Le journal est alors le reflet de son époque : En 1901 la Dépêche annonce les funérailles de la reine Victoria. En 1909 ce sera la victoire de Blériot et en 1910, avec des photos pleine page, les crues du siècle. En 1912 on apprend le naufrage du Titanic, le jour même de la mort d’Henri Brisson.
Foucrier s'installe à Bourges en 1903 et transfère les bureaux de La Dépêche au 3 place de Berry. Et il crée la même année l' « imprimerie ouvrière » de la rue des arènes qui éditera dorénavant La Dépêche. La clientèle berruyère permet au journal de multiplier son tirage, devenant ainsi le principal journal généraliste du département. De « journal républicain », il devient l'« organe de la démocratie du Cher », organe que l'on peut acheter dans les bureaux de Bourges et Vierzon mais aussi « dans tous les bureaux de poste ».
1913 est pour Vierzon l'année du changement. L’imprimerie de la rue Joffre est vendue. Elle sera reprise par Barbe. Au printemps, La Dépêche s’installe au 23 rue de la République (près de la rue Blanche Baron). C’est là que les vierzonnais apprendront la mort de Jaurès et le début des hostilités le 3 août 1914. C’est là aussi qu’ils apprendront l’armistice du 11 novembre 1918.
 
La Fusion des Quatre Vierzons
Foucrier n'est plus depuis longtemps le principal auteur de la chronique locale et des articles de son journal. Il a pris l'habit de politicien. Il devient conseiller municipal de Bourges sous le municipat Laudier, puis conseiller général, en remplacement de... Laudier devenu sénateur. C'est à ce titre qu'il se voit confier une difficile mission en 1934. Le préfet lui demande d'être le rapporteur de l'enquête publique décidée pour connaître l'avis des vierzonnais sur le projet de réunification des quatre communes de l'agglomération vierzonnaise.
L'enquête publique va durer deux mois durant lesquels une écrasante majorité de vierzonnais vont se prononcer pour la Fusion. Il va rendre un rapport de six pages au préfet dans ce sens, au grand dam de certains élus locaux, notamment à Bourgneuf qui ne veulent pas se voir dissous dans le Grand Vierzon.
 
De La Dépêche au Berry Républicain
Les vierzonnais apprennent rue de la République la fin des hostilités en 1918. C'est également dans La Dépêche qu'est annoncée la mobilisation générale de 1939. La dernière page – sombre – de l'histoire de La Dépêche, Foucrier ne la verra pas. Il est décédé au printemps de cette même année, laissant la destinée du journal à ses successeurs.
Le titre paraîtra sans discontinuer jusqu’au 17 juin 1940. Il ne réapparaîtra que le 10 juillet suivant, alors que les Allemands ont envahit le Cher fait de Vierzon une ville frontière sur la Ligne de Démarcation.
À partir de cette date le journal se fera l’écho servile de la politique de l’Etat Français. Il suivra la politique de la révolution nationale. Enfin la Dépêche perdra son âme relayant la politique antisémite du régime, laissant ses colonnes aux propos de Céline, Doriot ou Déat.
Le journal cesse de paraître le 26 août 1944. Le vent a tourné. Les mouvements FTP et FFI de Résistance ont leurs propres journaux clandestins. Le 7 septembre « le patriote berrichon » est imprimé sur les presses de feue La Dépêche. Les résistants ont investi l’imprimerie, armes à la main, imposant un changement de « style »au sein du journal. Mais le Patriote n’est pas le seul journal à avoir des vues sur la Dépêche. « La Voix de la Résistance » souhaite aussi utiliser ses presses.
C’est un flou artistique d’une semaine qui va débuter rue des arènes et place de Berry. Qui possède le titre ? Marcel Plaisant, président du Comité Départemental de Libération, règle le problème, créant « Le Berry Républicain » organe centralisateur de tous les mouvements de résistance. Le premier numéro sort le 16 septembre...
 
Images : Archives municipales Vierzon

 

Coup de feu rue des Changes
Il est une série d'archives indispensable pour une bonne connaissance de la vie quotidienne de nos ancêtres vierzonnais des siècles précédents. Il s'agit des archives judiciaires ; en l'occurrence les archives du tribunal du bailliage de Vierzon. Le tribunal existe depuis la toute fin du XVe siècle, hissé au rang de bailliage royal par François Ier après sa visite dans notre ville en 1521. Les affaires traitées par ce tribunal sont aujourd'hui consultables aux archives départementales du Cher et sont le reflet de leur époque.
 
Nous sommes le 22 juillet 1707. Ce jour-là, Nicolas Boullier, commissaire du roi au bailliage de Vierzon, est bien embarrassé avec son nouveau prisonnier « accusé d’assassinat et autres crimes ». Il faut dire que l’homme n’est pas n’importe qui.
Il s’agit de François de Bonnault, écuyer, sieur de Méry. La famille de Bonnault, bien qu’ayant perdu tout son faste et une partie de ses titres de noblesse, n’en est pas moins la descendante de l’ancienne famille de Ruilly. Rappelons que deux frères Ruilly, Jean et Guillaume, sont devenus conseillers du duc Jean de Berry en son palais de Bourges, vers 1400 (voir l'archive du vendredi 16 avril 2021).
François de Bonnault est accusé d’avoir tiré, la veille 21 juillet 1707, sur Clément Lauverjat, dans la rue des changes. La quête de la vérité passe par l’interrogatoire du premier témoin et ami du sieur de Bonnault, Charles Desambruns. Il raconte un ancienne querelle entre les deux hommes et tente ainsi de minimiser les faits qui sont reprochés à son ami.
 
Premier acte
Il y a quinze jours, raconte-t-il, Charles et l’accusé sont allés au « logis de la Croix Blanche. » Là, le sieur « Lauverjat de Saint Martin se serait mis avec eux et après avoir bu ensembles ils auraient eu quelques différends qui se seraient pourtant passés par la prudence, sans aucune voie de fait. » Pourtant, retournant à Méry, « ils ont été bien surpris que dans le chemin à heure nocturne se trouvait le sieur Lauverjat avec deux pistolets et une épée. » Se jetant sur Lauverjat, Charles lui ôte un fusil et l’épée, « dont ne pensant à rien, il lui mis la pointe dans le corps. »
Quant à hier, poursuit le témoin, alors que François et Charles étaient ensembles, ils se trouvèrent devant le sieur Lauverjat accompagné du sieur Rossignol. « Après quelques paroles il arriva un tumulte où il y avait plusieurs habitants qui voulaient se jeter sur eux. Il aperçut le sieur de Bonnault qui voulant se tirer d’affaire tira un coup de fusil. »
Pour la défense, Lauverjat est donc « l’agresseur, assisté du sieur Rossignol qui est habitué de se prendre de vin et de faire des émeutes. »
La version de Lauverjat est bien différente. Il déclare avoir reçu hier un coup de fusil alors qu’il sortait de chez la veuve Dedieu avec Rossignol, receveur du grenier à sel. En entendant des bruits de lutte ils décident d’entrer chez Jeanne Lauverjat rue des bans (en haut de la rue Maréchal Joffre) pour attendre que cela se passe. En ressortant il voit Bonnault et Desambruns chacun avec un fusil dans la main. Les noms d’oiseau volent. C’est en tournant dans la rue des changes pour rentrer chez lui qu’il « fut tiré d’un coup de fusil ou de pistolet dont il tomba par terre hors de connaissance et n’a point vu qui l’avait tiré que par la voix publique qui a dit que c’était le jeune de Bonnault. »
 
Vengeance ou acharnement ?
Munis de ces deux témoignages, le bailli va voir de Bonnault en prison. La discussion porte rapidement sur les Lauverjat. On y apprend que le différend entre Bonnault et les Lauverjat date d’il y a sept ans. « Il ajoute qu’il y a sept ou huit ans qu’il donna un coup de fusil au sieur Philippe Lauverjat de Saint Martin dans la rue à Vierzon. Après quoi il laissa tomber son fusil qui n’est pas celui-ci. » Des causes de la querelle nous ne saurons rien mais Philippe en est mort. On peut expliquer une certaine animosité par la dernière question qui est posée à Bonnault : « Interrogé s’il a purgé ce crime, a dit que non mais qu’il a demandé sa grâce au Chancelier. »
« Demander grâce au Chancelier »... N’oublions pas que sous l’Ancien Régime, le roi est le maître de la justice. Rappelons nous saint Louis sous son chêne. Chaque sujet, quel que soit son rang et quel que soit le crime commis pouvait en appeler à la justice royale pour traiter son affaire. Une sorte d'appel ultime. C’est ce que l’on appelle les requêtes. Et contrairement aux idées reçues, le roi pouvait être magnanime. C’est comme cela qu’un certain François Villon a évité la pendaison…
 
Images : Archives municipales Vierzon

 

Avaricum – Vierzon ?
Si on en croit Astérix, Gergovie, une victoire gauloise, ça, on sait où c'est. Mais Alésia lieu de défaite, on a oublié.
Quant à Avaricum, capitale des Bituriges « rois du monde » comme ils se dénomment eux-mêmes, où peut-elle bien se situer ?
 
François Michel de Chevrier
Est-ce Bourges ? Est-ce Vierzon ? C'est là une question que se pose François Michel de Chevrier, chambrier (trésorier) de l'abbaye Saint Pierre de Vierzon. Il écrit en 1544 un court texte où il démontre que Vierzon est l'Avaricum de César.
Dans ses « Commentaires sur la Guerre des Gaules », le général-tyran romain parle de la cité des Bituriges qui est protégée sur trois côtés par une rivière, un marais et un « murus gallicus » mur gaulois et rempart de la ville. Ni une ni deux, Chevrier voit Vierzon dans cette description : le marais est la forêt d'Yèvre qui effectivement avait tout du madrigal jusqu'au Moyen-Âge, mis en plantation par les moines lors des grands défrichements du 13e siècle. La rivière est l'Yèvre et le mur gaulois est quelque part en forêt d'Yèvre, le traversant de part en part, jusqu'au Cher. La cité gauloise d'Avaricum se situe donc quelque part dans le Bois d'Yèvre, côté rue des ponts.
La thèse de Chevrier a très certainement dû faire grand bruit à l'époque pour arriver, vingt ans plus tard, aux oreilles de Nicolas de Nicolays « géographe ordinaire du roi Charles IX». En 1567 il publie sa « Description du Pays et Duché de Berry » reprenant in extenso le texte de Chevrier. Et c'est toujours grâce à Nicolays que la thèse de Chevrier nous est connue, le texte originel ayant disparu depuis longtemps.
 
Les géographes antiques
Avant que Nicolays ne publie la thèse de Chevrier, la localisation d'Avaricum ne souffrait aucune polémique. Hormis César, Strabon et Tite Live sont les deux autres auteurs à avoir parlé d'Avaricum ; les géographes également. L'itinéraire d'Antonin la place bien où se trouve Bourges aujourd'hui. La table de Peutinger également, à l'intersection du chemin d'Argentomagus. (La table de Peutinger, carte romaine dont une copie a été retrouvée au XIIe siècle, a été publiée au début du XVIe siècle par Konrad Peutinger).
Dans les textes, Claverius est le premier à accoler les termes Avaricum et Bourges dans sa Description des mondes, vers 380, à la fin de l'Empire.
Et tout le monde d'être d'accord sur cette logique. Après tout, pourquoi les Romains n'auraient-ils pas donné le titre de capitale de province à Bourges au vu des vestiges gallo-romains et au vu des attributs impériaux dont la cathédrale est le plus puissant vestige encore debout ? Nos historiens locaux ont tous repris cette localisation, La Thaumassière en tête suivi de Catherinot, Buhot de Kersers, ou Toulgoët pour les vierzonnais.
 
La polémique
À partir du texte de Chevrier, quelques auteurs vont s'engouffrer dans la brèche. On peut citer par exemple Joseph de l'Escale plus connu sous le nom de Scaliger. Mais ce dernier ne traduit pas César. Il apporte ses commentaires aux Commentaires de César et explique, en 1570 environ, que Avaricum est Viaron en Berry. Viaron est une version dénaturée de Virsio (Vierzon) qui n'a été utilisée que chez deux ou trois auteurs – qui n'ont jamais mis les pieds en Berry – aux XVIe et XVIIe siècles.
Notons pour la petite histoire que le père de Joseph Scaliger se prénommait Jules César et que Scaliger est devenu un spécialiste du dernier tyran de Rome pour rendre hommage à son père.
Quel lien doit on faire entre Scaliger et Chevrier ? Le premier a t-il connu le second ? Il peut tout de même sembler évident que l'écrit de Chevrier n'était pas inconnu de Scaliger.
Un autre auteur, un Allemand et non des moindres prend part à la controverse. Il s'agit de Sincerius, autrement dit Zinzerling, un des Pères de la géographie allemande qui encore de nos jours est très supérieure à la géographie des autres pays européens. Il prend le contre-pied complet de Scaliger. Il écrit en 1602 ce court texte dans Itinerarium Galliae :
« Ceux qui croient qu'Avaricum peut être l'actuelle place forte de Vierzon, confondent avec celle que décrit César dans les Commentaires. »
Un siècle plus tard Avaricum ne semble plus avoir la bougeotte. La Thaumassière va traiter de fou ceux qui penchent pour Vierzon. Lui-même est certes berruyer mais ce n'est que le reflet de la polémique qui est alors retombée, chacun s'accordant, depuis Zinzerling, sur le fait que Vierzon est un des vingt villages brûlés par Vercingétorix pour empêcher le ravitaillement des légions romaines.
 
Joseph Sabourin
Industriel au Briou, Joseph Sabourin est un passionné d'Avaricum. Il en avait même le surnom. Dans les années 1940 et 1950 on trouvait fortuitement des restes de tuiles ou poteries dans le bois d'Yèvre. Surtout, une tranchée a été faite vers l'ancienne usine à gaz de Vierzon en 1950. Dans les profondeurs on a trouvé une enchevêtrement régulier de troncs d'arbres. Ça y est, la découverte ultime est faite : il s'agit des restes du murus gallicus que César a investi pour la prise d'Avaricum.
Le doute n'est plus permis. Avaricum est bien Vierzon. Alors que Bourges s'apprête à commémorer le bimillénaire de la prise d'Avaricum (1952), Sabourin s'insurge et écrit un long article dans le Berry Républicain, véritable pamphlet contre le chef lieu du département.
Malheureusement pour lui, le Berry est lu, y compris par des universitaires qui rappellent que l'histoire est une science…
Bref le murus gallicus n'est pas le rempart d'Avaricum. Si la localisation est bien favorable (entre Yèvre et Cher), son utilité est autre. Il s'agit effectivement d'un simple gué romain, qui ne sert qu'au cheminement d'une rive à l'autre. Il permet tout juste de traverser le marécage à pieds secs.
 
Avaric – Avaricum
En fait, si la question passionne encore tant certains de nos contemporains, c'est bien à cause d'Avaric et non pas d'Avaricum. Avaricum est le nom romanisé de la capitale des bituriges. Avant sa romanité, Avaricum s'appelait Avaric. La présence de très nombreux vestiges gallo-romains à Bourges comme le forum sous la préfecture par exemple, prouvent la romanité de Bourges.
Par contre, de la ville gauloise antérieure, nous n'avons aucun vestige. Il faudrait très certainement envisager des fouilles sous le forum pour tenter de trouver les strates inférieures, fouilles jusqu'ici jamais entreprises.
C'est pourquoi toutes les extrapolations sont possibles. Comme les plus farfelues qui apparaissent encore de temps à autres à Bourges comme à Vierzon, au gré de la presse locale…
 
Conflit religieux
Chevrier écrit ce pamphlet sur Avaricum dans les années 1544, à une époque extrêmement précise de la vie religieuse nationale et diocésaine.
Depuis 1516 et le concordat de Bologne, le roi avait obtenu du pape de nommer les abbés. On les appelle alors « abbés commendataires ». La pratique religieuse n'est quelques fois plus un critère pour le roi dans ses choix de nomination.
La puissante abbaye de Bourges Saint Sulpice fustige les autres abbayes de la province. Elles n'auraient plus une pratique religieuse stricte. Sont visées les abbayes majeures telles Déols, Massay, Vierzon, Noirlac…
Pourtant à l'abbaye Saint Pierre de Vierzon, son abbé est un dénommé Decombaret. Contrairement à la réputation des commendataires et de ce que peut sous-entendre Saint Sulpice, Decombaret est un abbé très religieux, qui s'évertue au contraire à agrandir le prestige de son abbaye en même temps que son temporel. Et du temps de Decombaret, le chambrier de l'abbaye est un certain… Chevrier. Retour à l'envoyeur. Mettre Avaricum à Vierzon c'est rabaisser Bourges. Rabaisser Bourges, c'est une manière de rabaisser Saint Sulpice...
 
On peut lire :
César, La guerre des Gaules, traduction de M Rat
Nicolay, Description du païs et duché de Berry, 1567, sur BNF Gallica
Leclerc, La controverse Avaricum, 2014
 
Images : Westpoint academy, Archives municipales Vierzon

 

Les fils d'Adrien Thouvenin
Thouvenin. Un nom de famille indissociable de la verrerie vierzonnaise. Ce n’est pourtant pas eux qui fondent la première verrerie à Vierzon en 1860, mais bien les sieurs Richer et Rossignol, dans un ancien hôtel de la Croix Blanche, angle avec la rue Pierre Debournou.
Nous sommes alors sur la commune de Vierzon-Ville. Ce n’est qu’en 1875 que Guenivet, alors propriétaire accroît sa production et installe une deuxième unité avec de nouveaux fours aux forges, entre le canal de Berry et la ligne de chemin de fer, derrière la bassin des forges.. L »avantage est double : Les matières premières arrivaient par le canal (sables, houille…) et les produits finis repartaient par le chemin de fer vers une clientèle française des hôtels de stations balnéaires, vers les colonies ou encore vers l’Espagne, via Bordeaux.
En 1887, l'unité des forges est reprise par Paul et Albert Thouvenin qui prennent comme dénomination sociale « les fils d’Adrien Thouvenin ». À l’instar d'un Célestin Gérard fondateur de la Société Française, les frères Thouvenin sont vosgiens. Leur père, Adrien, avait dirigé la verrerie de Wallerystahl, en Moselle. Mais la Moselle est annexée par les Prussiens et intègre la nouvelle Allemagne de Bismark. Et il est hors de question pour Adrien, de travailler pour les Allemands.
 
Thouvenin et compagnie
En 1910, Paul Thouvenin rachète seul l’usine qui devient, en 1921, « Thouvenin et compagnie ». Rachetée un temps par la verrerie de Vannes-le-Châtel, Thouvenin récupère son indépendance au tournant des années 1930. Le manque de modernisation après la Seconde Guerre mondiale et la concurrence entraînent sa fermeture en 1957. Les fours furent démontés et les ateliers détruits. Aujourd’hui les vieux ateliers ont été remplacés par les fonderies Chavy.
Quant aux ouvriers, c’est un travail très pénible qui les attend au sein des ateliers. Travaillant dix heures par jour, certains postes de travail étaient en position semi-couchée.
Nombre des ouvriers de Wallerystahl ont suivi Thouvenin jusqu'à Vierzon. De même que nombre de ceux de Vannes-le-Châtel. Le savoir est le même, la production est similaire, ce qui explique qu'il est difficile aujourd'hui de reconnaître à coup sûr une pièce de telle ou telle verrerie.
Par leur petite taille, les enfants ont aussi été utilisés au sein de l'entreprise. Pour ne pas choquer, la verrerie prend soin de n’embaucher que des enfants de l’assistance, dont bon nombre sont issus des plus dures maisons de correction alentours. Ce sont les gamins de la « chiotte », nom évocateur pour parler des fours. Ils enfournent à longueur de journée dans une chaleur et une puanteur extrêmes. Ils se retrouvent également sous les fours à préparer les grands feux. Ce n’est qu’à la fin du 19ème siècle que les enfants sont un peu mieux considérés. L'opinion publique les plaint ; l'usine veut montrer qu'elle fait des efforts : L’école leur est même payée, deux heures par jour, comme heures de verrier.
 
Les catalogues des productions
La production des frères Thouvenin va dans deux directions. « la gobeleterie », production uniformisée et de grande quantité est destinée à une clientèle de bistrots. Une production plus élaborée est également disponible. Les modèles proposés sont nombreux et finement taillés. Chaque modèle existe en sept tailles différentes, carafes et autres verres à pied, et tout ceux disponibles sont répertoriés dans deux catalogues d'entreprise.
Plus intéressante est la production personnalisée. Réalisés sur commande, certains objets sont uniques par leur gravure. Ils représentent des objets publicitaires personnalisés à l’effigie d’un hôtel par exemple. Ce fut le cas pour des hôtels de Paray-le-Monial, Lourdes ou encore Bayonne.
Enfin, on ne peut pas passer sous silence ces bousillés que d’autres régions appellent perruques. La ville de Vierzon en possède une centaine, essentiellement des lampes à pétrole. Faits sur leur temps de pose avec les reliquats de la production de masse, les ouvriers revendaient ces pièces pour leur propre compte, non sans avoir payé la matière première aux patrons...
 
Images : Archives municipales Vierzon, Musée de Vierzon
 
la ferme de Dournon
Aujourd'hui Dournon peut se résumer à une demeure discrète, isolée, entre hôtels, autoroute et rivière d'Yèvre.
À y regarder de plus près, le flâneur se rendra vite compte que les bâtiments ont une histoire. Ce n'est pas une simple maison d'habitation mais bien une ancienne ferme fortifiée du 17e siècle.
Le nom de Dournon apparaît dès la fondation de l'abbaye bénédictine Saint Pierre de Dèvres, en 843. Malheureusement, si c'est le plus ancien et le plus vaste domaine dépendant de l'abbaye de Vierzon, c'est aussi un des moins bien connus : très peu d'archives sont arrivées jusqu'à nous. Il faut donc entreprendre une recherche dans un large périmètre archivistique pour trouver de rares éléments et reconstituer ainsi son histoire.
 
La terre de Dournon donnée aux moines de Vierzon
Dans la 14e charte du cartulaire de Vierzon, un seigneur local, Ambran, donne aux moines de Dèvres la « terre de Dournon ». Riche cadeau pour les moines : le très vaste domaine est situé sur une plaine alluviale, donc particulièrement fertile. Lorsque le français se sera affirmé, Dournon sera qualifiée de prairie, synonyme de terre au riche revenu, terme toujours usité en 1777 lorsqu'une forge s'installera à proximité (future pointerie).
Une charte de 1096 confirme s'il en était besoin l'activité agricole intense sur ce site par la mention des nombreux journaliers des deux sexes qui y travaillent.
Dans la géographie locale, Dournon est la terre la plus à l'Est de Vierzon. Elle fait frontière entre les justices de Vierzon et Vignoux. Notre vieil historien Béchereau signale la présence, à son époque (1750) d'une grosse pierre servant de borne entre ces deux justices.
Lors des nombreuses crues de l'Yèvre et du Cher des processions à sainte Perpétue, patronne de Vierzon, sont faites le long des rivières d'Yèvre et Cher, jusqu'à la limite de la seigneurie, c'est-à-dire Dournon. On croit en effet qu'elle a le pouvoir d'apaiser les eaux.
Dans un tout autre domaine, les échevins de Vierzon ont autorité sur l'espace public jusqu'à Dournon. Témoin cette décision municipale de 1502 où ils ordonnent le raccomodement du chemin de Bourges : « 17 sous 16 deniers tournois payés pour avoir rassemblé les hommes et charrois qui comblèrent le chemin entre la maison Gallier (porte de la Rivière) et Dournon qui est le grand chemin de Bourges qui était dégasté et par lequel personne ne pouvait passer sans danger ». À plusieurs reprises encore, les échevins de la ville s'occuperont de rafistoler le chemin de Dournon grâce au système de la corvée. À la veille de la Révolution ils s'occuperont du « rapiècement des pavés jusqu'à Dournon ».
 
Dame Anjorrande propriétaire
Dournon va rester dans les mains des moines jusqu'en 1480. À cette date, ils vendent le domaine comme fief à dame Anjorrande, pour la modique somme de 35 écus d'or (400 grammes d'or pur). Les années 1480 sont celles de Louis XI et d'un certain regain économique après le marasme de la Guerre de Cent Ans. Soit les moines avaient suffisamment de revenus autres pour leur permettre de se défaire de cette propriété ; soit, au contraire, ils avaient besoin de cet argent pour la survie de leur abbaye. N'oublions pas qu'ils sont à l'origine de la construction de la deuxième ligne des remparts vierzonnais, ceux englobant l'abbaye justement. Si le roi les a autorisés vers 1450 à inclure leur monastère dans une nouvelle ligne de défense, construire un mur et des portes reste onéreux...
« Dame Anjorrande, veuve Martin Compain dame de Dournon, avoue tenir foi et hommage lige de révérend père en Dieu Guillaume Bottet les terres motte et seigneurie de Dournon. ». En 1480 l'hommage représente la reconnaissance des liens qui unissent dame Anjorrande aux moines de Vierzon, reconnaissance de la fidélité qu'elle leur doit, sous peine de voir repris son bien nouvellement acquis.
 
Le manoir de Dournon
À cette date de 1480 dame Anjorrande n'habitait pas encore sur son domaine. La maison de Dournon était située quartier Notre Dame, actuelle rue Paul Lafargue.
La première mention de la demeure du seigneur de Dournon date de 1566, chez l'historien Chaumeau qui parle du « manoir de Dournon ». Nous sommes donc à l'époque Renaissance. Une étude du bâti de 1993 corrobore les dires de Chaumeau. Les plus anciennes traces de l'actuelle maison de Dournon remontent à la toute fin du 15e siècle, début 16e. L'étude a montré un remaniement complet au 17e siècle.
Le corps de logis est situé à l'Est d'une cour et est flanqué de deux tourelles circulaires à l'Est, d'un pigeonnier et d'un petit édicule carré à l'Ouest. La cour est fermée au Nord par une étable et des communs qui ne datent que du 19e siècle, au temps de sa fonction de ferme.
La succession de dame Anjorrande est mal connue. La propriété passe ensuite entre les mains de la famille Lebègue dans les années 1550. Les Lebègue occuperont des fonctions judiciaires. Outre leur titre de seigneur de Dournon, ils seront tour à tour avocat au Parlement de Berry, garde de la prévôté de Vierzon ou encore avocat du roi au présidial de Bourges.
Le domaine restera dans le sillage de la famille jusque dans les années 1720. Tout au long du 18e siècle il connaîtra de nombreux propriétaires successifs, jusqu'à tomber entre les mains du Comte d'Artois, frère de Louis XVI et futur Charles X.
En 1773 il devient apanagiste de Vierzon et n'a qu'un seul but, faire fructifier son bien. La principale richesse de Vierzon est alors sa forêt. Ses physiocrates lui proposent en 1777 la création d'une « grosse forge » qui permettra d'utiliser le bois comme combustible. Elle ouvre ses portes en 1779 sur le domaine de la Folie, actuel magasin carrefour market des forges.
Dix ans plus tard en 1788 Artois achète Dournon pour la somme de 55 800 livres, le manoir devient un temps maison du maître de forge...
 
Aujourd'hui Dournon, propriété privée se fait discrète. La maison, un temps propriété municipale a bien failli disparaître sous la pelle des bulldozers lors de la création de la zone artisanale Est...
 
Images : Archives municipales Vierzon.
Les photos montrent l'état de la maison en 1993

 

Le gour
Spécificité vierzonnaise que ce mot de gour employé dans cette acception. Dans les pays d'Auvergne c'est un puits consécutif d'une explosion volcanique ; dans notre cité il s'agit d'un trou d'eau de grande profondeur dans le lit de l'Yèvre.
Nos deux rivières, Yèvre et Cher, ont chacune un comportement hydrographique particulier. Au quaternaire le Cher a connu plusieurs changements de son cours dans notre commune, dues aux crues lors de la fonte des neiges des montagnes auvergnates et bourbonnaises. Aujourd'hui le Cher s'est stabilisé, son lit s'est creusé. Les crues ne sont plus aussi spectaculaires que lors des millénaires passés. Mais n'oublions pas qu'elles ont contribué à rendre la plaine du Vieux Domaine fertile et ainsi favorisé l'implantation humaine.
Quant à l'Yèvre, son lit n'a que peu évolué. Il s'est au contraire creusé au fil des millénaires et certains endroits de son lit ont donc formé ces gours, véritables trous d'eau dangereux pour le baigneur. Dans un petit ouvrage sur l'histoire de Vierzon écrit en 1835, Lemaître en parlait encore comme de « la rivière des gouffres ».
 
Saint Sulpice
Nos ancêtres gallo-romains panthéistes ne s'y sont pas trompé qui ont vu dans ces gours un phénomène terrifiant. De terrifiant à maléfique il n'y a qu'un pas, allègrement franchi par les chrétiens du Ve siècle si l'on en croit l'hagiographie de saint Sulpice par Mabillon, en 1670. Sulpice est né à Vatan et est monté sur le trône de l'archevêché de Bourges en 627. Selon Mabillon sa vie est jalonnée de miracles. Dont un à Vierzon.
Dans le Gour de l'Yèvre (du côté de la Porte de la Rivière, séparation entre les rues Armand Brunet et Jules Louis Breton), la profondeur était insondable. Et les démons y étaient établis en permanence. Malheur au pêcheur qui s'y aventurait, il se trouvait entraîné par eux et disparaissait corps et biens dans les eaux. Ayant bruit de la chose, l'évêque se rendit au bord du gouffre, fit mélanger de l'eau du gour avec de l'huile sainte et jeta le mélange dans le gour en disant : « Tel le prophète j'ai apaisé ces eaux et il n'y aura plus ni mort ni maléfice. »
Ainsi fut dit, ainsi fut fait. Le diable quitta les eaux de l'Yèvre et les pêcheurs peuvent jeter leur ligne sans être inquiétés par les anges déchus.
 
Perlas
Cette légende n'est pas la seule qui entoure le gour de l'Yèvre. Lemaître, ancien soldat de Napoléon, érudit, botaniste, ajoute un supplément manuscrit à son Histoire de Vierzon, en 1836. Il y transcrit une légende qu'une « bonne femme du quartier des ponts » racontait encore dans les années 1780. Auprès de ce gour, les jours de la fête Marie, on entendait sonner les cloches. Ce n'était pas celles de l'église Notre Dame voisine mais le son venait bien du gour lui-même. Les eaux bouillonnaient et les poissons traçaient une croix dans leur course. Perlas, bon nageur, eut la curiosité de voir d'où provenait ce son de cloches. Plongeant profondément, il vit une vaste église. S'approchant du clocher il découvrit de nombreuses cloches. Il remonta sur le bord de l'Yèvre avec la plus petite d'entre elles entre les mains. Ayant repris son souffle, il redescendit et poussa les portes de l'église. Il découvrit une lumière magnifique qui émanaient de lampes d'argent suspendues à la voûte ainsi qu'un vaste autel richement décoré. Il commençait à ramasser pour lui les objets précieux lorsqu'il fut pris de terreur : Une statue de la Bonne Dame le regardait !
Il lâcha tous les objets de culte de ses mains et entreprit plutôt de remonter la statue de la Vierge qui serait mieux dans l'église paroissiale qu'au fond du gour. Une voix sortant de l'église le prévint alors de ne jamais redescendre ou il ne s'en retournerait jamais plus. Perlas se le tint pour dit.
Il plaça la statue de la Vierge dans l'église paroissiale. Mais le lendemain elle n'y était plus. Était elle retournée au fond du gour ? On la retrouva à vingt-six pas du perron de l'église, le long du mur du cimetière. Perlas la replaça dans l'église mais elle fut à nouveau retrouvée le lendemain au même
endroit, sur le mur du cimetière. Alors on bâtit une petite chapelle pour la statue, le long du mur du cimetière. La chapelle et la statue de la Vierge étaient encore visibles à cet endroit lorsque la
« bonne femme du quartier des ponts » racontait son histoire.
Depuis ces temps légendaires, de gours il n'en reste plus. Les multiples travaux urbains les ont comblés ; les travaux du canal et du chemin de fer ont achevé le travail.
Quant au cimetière médiéval entourant l'église paroissiale, il a depuis longtemps été abandonné. La loi sur les concessions au cimetière date de Napoléon. Devenu trop petit, on construisit alors le cimetière central. Nous sommes dans les années 1810 et la statue de la Vierge n'a pas fait le déplacement. Peut-être est-elle retournée au fond de l'Yèvre...
On peut lire :
Lemaître, Histoire de Vierzon supplément manuscrit, 1835-36
 
Images : Archives départementales du Cher, H337 Archives municipales Vierzon